Extension de la ligne 11 du métro : flambée des prix de l’immobilier à l’est de Paris

romvainville ligne 11
Romainville fait partie des communes qui ont mis en place une charte pour limiter la flambée des prix de l’immobilier. (crédit photo Guilhem Vellut)

ECRIRE UN CHAPO 

Le prolongement de la ligne 11 du métro jusqu’à Rosny-Bois-Perrier (Seine-Saint-Denis), qui devrait être mis en service fin 2022, bouleverse déjà le marché de l’immobilier à l’est de Paris.

Avec 13 stations, l’une des plus courtes lignes de la RATP relie actuellement le cœur de Paris à Mairie des Lilas. Elle va être prolongée de 6 kilomètres pour desservir 6 nouveaux arrêts : Les Lilas, Bagnolet, Montreuil, Romainville, Noisy-le-Sec et Rosny-sous-Bois. Dans un contexte où le prix de l’immobilier sur la capitale est toujours plus exorbitant (actuellement 9 300 euros le m2 en moyenne), les Parisiens s’intéressent fortement à ces communes jusque-là enclavées.

Voir aussi le micro-trottoir des usagers de la station Mairie des Lilas : Qu’est-ce que le prolongement de la ligne 11 va changer pour vous ? 

En effet, cette extension du réseau, dont les travaux ont démarré en 2015, devrait nettement faciliter le déplacement en transports en commun. Avec des correspondances qui connecteront la ligne 11 à la ligne 15 du métro et à la ligne 1 du tramway, les trajets de nombreux usagers de la RATP deviendront à la fois plus courts et plus simples.

Conséquence de cet attrait, les biens se vendent plus vite et les prix grimpent ! Si le m2 est encore souvent inférieur à 4 000 euros dans cette partie de la Seine-Saint-Denis, certaines communes, à l’instar de Romainville et de Montreuil, ont choisi d’encadrer les prix de l’immobilier avec des plafonnements. Ainsi, sur la Zac Acacia de Montreuil, il est prévu que le prix au m2 dans le neuf ne dépasse pas les 3 900 euros.

Voir aussi : Travaux de la station Mairie des Lilas : les commerçants font de la résistance

Métro parisien : qu’est-ce que le prolongement de la ligne 11 va changer pour vous ?

mairie des lilas ligne 11
A partir de 2022, la station Mairie des Lilas ne sera plus le terminus de la ligne 11. (crédit photo Clicsouris)

En 2022, la ligne 11 du métro sera prolongée de 6 stations à l’Est de Paris jusqu’à Rosny-Bois-Perrier (Seine-Saint-Denis). Nous sommes allés rencontrer les usagers de la station Mairie des Lilas, située sur cette ligne, pour leur demander ce que l’extension allait changer pour eux.

Lydie, 58 ans, secrétaire à la retraite, Paris… Ce sera plus simple d’aller au centre commercial de Rosny

Je suis comblée. Je vais pouvoir aller au centre commercial de Rosny sans faire de changement ! Jusque-là, il me fallait prendre deux métros et un bus. En plus, mon fils vit à Romainville, je vais donc pouvoir lui rendre visite plus facilement. Pour moi, l’extension de la ligne est une aubaine.

Mathieu, 45 ans, ingénieur du son, Les Lilas… Ca va ramener plus de monde

Sur la ligne 11, c’est tranquille, il n’y a pas grand monde, l’ambiance est plutôt détendue comparé à la ligne 2 que j’ai prise pendant 20 ans quand j’habitais à Pigalle. J’ai un peu peur du monde que ce prolongement va engendrer. Mais je vois aussi le côté positif, ces travaux vont moderniser la ligne.

Voir aussi : Travaux de la station Mairie des Lilas : les commerçants font de la résistance

Julien, 28 ans, pâtissier-boulanger, Les Lilas… Ça va accentuer la gentrification

L’arrivée du métro va entraîner une gentrification sur les six nouvelles stations. Les populations qui habitent là depuis longtemps vont être obligées à terme de s’éloigner encore un peu plus de Paris.

Peiyu, 32 ans, serveuse, Romainville… Je vais gagner 20 minutes sur mon trajet

Pour me rendre à mon travail dans le XVIIe arrondissement, je prends le bus jusqu’à Mairie-des-Lilas, puis le métro. Quand tout va bien, je mets une heure ! Le soir, il m’arrive d’attendre le bus un quart d’heure. Alors, un métro à cinq minutes de chez moi, c’est super !

Prolongement ligne 11 : les commerçants des Lilas grognent

Depuis deux ans, des travaux viennent perturber le travail des commerces de la commune des Lilas, en Seine Saint-Denis. La ville accueillera en 2022 une station de métro appelée Serge Gainsbourg, sur le prolongement de la ligne 11 du métro parisien.

Si marcher boulevard du Général Leclerc, aux Lilas (93) était agréable, ce n’est plus que tintamarre, passé le café Le Royal.… Des grues, des tracteurs, des barrières de chantier, des grillages. L’air pur se fait âcre. Le chant des perceuses remplace celui des oiseaux. Ce tintamarre, c’est le prix à payer pour les Lilasiens jusqu’en 2022. A cette date sera mis en service la futur station du prolongement de la Ligne 11, Serge Gainsbourg. Son nom ? Un clin d’œil à la chanson Le Poinçonneur des Lilas, qui rendît le chanteur célèbre, en 1958. Mais 60 ans plus tard, les travaux de « sa » station perturbent la vie du quartier.

« Les gens achètent moins de friandises car ils sortent moins de chez eux, explique Sarah, 33 ans, boulangère dans une rue parallèle au boulevard du Général Leclerc. Mon chiffre d’affaires a diminué depuis 2016. Seules les baguettes continuent de se vendre. »

Un mal pour un bien ?

Quant à Tayep, 45 ans, patron du café Le Royal, il est encore moins bien situé que Sarah. Son bistrot se trouve à quelques mètres du brouhaha. Il n’hésite pas à hausser le ton pour se faire entendre entre deux grognements de tractopelles : « Depuis un an et demi, je n’installe que deux tables sur ma terrasse. Je n’ai plus de clients. » Il affirme que le bar s’est vidé de moitié depuis les premiers coups de pelle.

Pour la commune des Lilas, ces travaux sont un mal pour un bien. Avec la station Serge Gainsbourg en service, il sera possible aux habitants de rallier Châtelet en seulement 18 minutes. De quoi remplir à nouveau les tables du Royal ? « C’est ce qui me permet de tenir. Je dois serrer les dents encore 4 ans. C’est long… » soupire Tayep.

Raphaël Roland-Levy

 

 

Travaux de la station Mairie des Lilas : les commerçants font de la résistance

travaux mairie des lilas02
Une communication visuelle a été installée sur le chantier pour rappeler aux passants et aux clients que les commerces sont ouverts. (photo Auguste André)

Dans le contexte du prolongement de la ligne 11 du métro, la RATP a également lancé des travaux de modernisation sur les stations existantes. Le chantier à ciel ouvert de la station Mairie des Lilas occasionne depuis mai 2017 un bouleversement notoire sur la voirie. Les commerçants du boulevard de la Liberté redoublent d’énergie et d’ingéniosité pour limiter la baisse de leur chiffre d’affaires.

Au milieu du vacarme et des grues, Maurice, propriétaire d’une agence immobilière sur le boulevard de la Liberté aux Lilas (Seine-Saint-Denis) attend son rendez-vous de pied ferme. Depuis des mois, il perd des clients. Il a donc fait appel à un chargé d’information de la RATP pour pouvoir installer dans le quartier des banderoles rappelant que son établissement est ouvert.

Enseignes occultées, circulation interdite, places de stationnement supprimées, bruit et poussière… Sur le boulevard de la Liberté, à l’occasion du prolongement de la ligne 11, la fréquentation des commerces est sérieusement impactée par les travaux de la station de métro Mairie des Lilas. Au milieu de ce chaos urbain, qui ne prendra pas fin avant 2020, les commerçants redoublent d’inventivité pour ne pas perdre leurs clients.

travaux mairie des lias01
Sur le boulevard de la Liberté, la circulation est entièrement interrompue depuis plus d’un an. (photo Auguste André)

Casquette de titi parisien et tablier rouge, Loïc mise sur la solidarité pour tenir le coup dans sa fromagerie : « Avec les travaux, les gens viennent moins. Il a fallu se retrousser les manches ! Je fais de la communication, je distribue mes flyers aux autres commerçants, on s’entraide et on s’envoie nos clients. »

« On a perdu 30% de notre chiffre d’affaires »

A deux pas de là, Sandrine, fleuriste, se montre pragmatique : « Avec l’impact des travaux sur mon chiffre d’affaires, je limite l’embauche, j’ai juste une employée à mi-temps. Heureusement que je n’ai pas de concurrence dans le quartier ! » Comme ses voisins, elle doit supporter le bruit et la saleté. « J’ai râlé sur les réseaux sociaux quand les travaux ont occasionné d’énormes poubelles devant mon magasin. Ca n’a pas traîné, ils ont rapidement fait le nécessaire ! »

En face, la vitrine de la boutique Optic Duroc est vide. Jessica et Megane, les deux jeunes vendeuses, ont été obligées de réorganiser le magasin : « Sur le boulevard, les gens pensent que nous sommes fermés. Heureusement, on a aussi une vitrine sur la rue de Paris ! On a donc déplacé tous nos produits d’un seul côté. Mais on a quand même perdu 30% de notre chiffre d’affaires… »

Michel, le propriétaire de l’agence immobilière, a enfin été rejoint par le chargé d’information de la RATP pour convenir des emplacements stratégiques de ses futures banderoles. En outre, comme tous les commerçants impactés, il espère que son dossier d’indemnisation à la RATP sera rapidement validé.

Voir aussi le micro-trottoir des usagers de la station Mairie des Lilas : Qu’est-ce que le prolongement de la ligne 11 va changer pour vous ?