Football amateur : les violences démotivent les arbitres

Daniel Moreira (en blanc, de dos) expulsé du banc de la réserve du RC Lens par l'arbitre Mike Denis lors du match RC Lens B / AC Amiens, comptant pour la cinquième journée du Championnat de France de football amateur (CFA), le 12 septembre 2015, au stade François Blin d'Avion. Crédit : Supporterhéninois, licence Creative commons.

Daniel Moreira (en blanc, de dos) expulsé du banc de la réserve du racing club de Lens par l’arbitre Mike Denis, lors du match Lens B contre l’Athletic club d’Amiens comptant pour la cinquième journée du Championnat de France de football amateur, le 12 septembre 2015, au stade François Blin, à Avion. Crédit : Supporterhéninois, licence Creative commons.

 

En raison de la montée de la violence dans les stades, les clubs de foot amateur peinent à trouver des arbitres pour les rencontres qu’ils organisent. Une situation qui semble sans solution.

Après vingt-quatre ans d’exercice de la fonction d’arbitre, le Montalbanais Pierre-Nicolas Gallo jette l’éponge et dresse un constat amer sur l’évolution des mentalités dans le foot amateur :

« J’ai reçu un coup de tête d’un joueur pendant un match de deuxième série. Depuis je ne prends plus de plaisir à arbitrer. Les joueurs croient que nous détenons le résultat du match, alors que nous sommes impartiaux. À chaque rencontre, nous sommes contestés et insultés. Les noms d’oiseaux fusent. » (Interview filmée publiée le 11 octobre sur le site de La Dépêche.fr ).

 

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France : un joueur de 16 ans suspendu trente ans pour avoir frappé un arbitre.

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« J’ai reçu un coup de tête d’un joueur pendant un match de 2e série. Depuis, je ne prends plus de plaisir à arbitrer. Je pense que les joueurs croient qu’on détient le résultat du match, alors que nous sommes impartiaux. A chaque rencontre, on est contestés et insultés. Les noms d’oiseaux fusent. » Après vingt-quatre ans d’arbitrage, le Montalbanais Pierre-Nicolas Gallo jette l’éponge et dresse un constat amer sur l’évolution des mentalités dans le foot amateur, comme il l’expliquait à La Dépêche, le 11 octobre dernier.

Une violence qui se généralise

Depuis de nombreuses années, le foot amateur connaît une recrudescence de la violence. Dans un sport où les arbitres (26 000 en France, dans le foot amateur) sont fréquemment contestés pour leurs décisions et peu respectés, la tension monte. Le foot professionnel illustre ce constat, et ne donne pas toujours l’exemple. Dans les stades, les actes de violences sont perpétrés par des supporters, des joueurs mais aussi par des personnes extérieures au terrain. On s’aperçoit également que la violence touche des catégories de plus en plus jeunes (les moins de 13 ans), et les femmes. Ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. Ce regain de violence décourage les vocations, provoquant ainsi un manque d’arbitres. D’ailleurs, plusieurs d’entre eux, surtout des jeunes, arrêtent d’arbitrer au bout de deux ou trois saisons. Cette carence du nombre d’arbitres fait souffrir le foot amateur et concerne toute la France.

« Pour enrayer la violence, il faudrait plus d’arbitres. Ils font parfois face à des individus violents qui sont nombreux. Ils ne peuvent faire grand-chose si ça s’envenime. Ce serait vraiment une bonne chose, car il manque des arbitres dans toute la France », explique le président de l’Unaf (Union Nationale des Arbitres Français) du Gers.

Sur les terrains, la tension est souvent très élevée. L’arbitre est conspué, insulté, parfois par des centaines de personnes. Il a une grosse responsabilité de par sa mission de directeur de jeu. Il doit s’imposer rapidement, sous peine de voir son autorité mise à mal. Mais l’arbitre se retrouve fréquemment isolé et a besoin de soutien lors de prises de décisions importantes d’un match ou de situations de conflits. « Pour enrayer la violence, il faudrait plus d’arbitres. Ils font parfois face à des individus violents qui sont nombreux. Ils ne peuvent faire grand-chose si ça s’envenime. Ce serait vraiment une bonne chose, car il manque des arbitres dans toute la France », explique le président de l’Unaf (Union Nationale des Arbitres Français) du Gers. En augmentant le nombre d’arbitres, les matchs seraient mieux dirigés, ce qui ferait baisser la nervosité des joueurs.

Les arbitres sont les premiers touchés par la violence.

Lors de la saison 2015-2016, 4.447 faits ont été signalés, majoritairement des actes de violences verbales mais qu’exceptionnellement avec un caractère discriminatoire ou raciste. Dans près de 20%, les arbitres reçoivent toutefois des menaces ou des intimidations lancées par des joueurs.

 

 

Une dégradation du métier d’arbitre

Gaëtan Gouron est un ancien arbitre qui a exercé pendant dix ans, de 2003 à 2013. Devenu journaliste, il a pu observer une dégradation des conditions d’exercice du métier d’arbitre. Il déplore notamment un manque de formation de certains de ces ex-collègues. « Beaucoup d’arbitres ne sont pas assez formés. Ils ne sont pas suffisamment armés pour gérer les conflits lors de matchs sensibles. » On peut devenir arbitre à partir de l’âge de 15 ans jusqu’à 40 ans. Le candidat doit être licencié à la FFF (Fédération Française de Football) et s’adresser à son président de club pour qu’il se renseigne auprès du Conseil départemental de sa région sur les possibilités de formation. Sa candidature est ensuite présentée par son club pour passer un examen. Les arbitres sont constamment sous pression, en raison de l’enjeu, et ont donc besoin sur les matchs à risques de faire preuve de pédagogie et de psychologie. C’est justement ce que doit apporter une formation solide, mais ce n’est pas toujours le cas. La notion de « gestion des conflits » est pourtant intégrée dans le cursus de formation des arbitres, mais ne s’adapte pas assez vite à l’évolution de la violence dans le foot.

Rakoub Kouati est un jeune entraîneur du club du C.S. Pouchet, dans le XVIIe arrondissement de Paris, de la section féminine. « Il y a des arbitres alimentaires qui ne sont pas du tout compétents. Ils s’en foutent et ne sont là que pour l’argent. Ça peut créer des tensions lors de décisions incomprises », estime-t-il. Le président du club, Karl Berkemal, ajoute, irrité : « C’est vraiment scandaleux. Les arbitres alimentaires sont nullissimes ! Je me suis moi-même déjà énervé ! Ça fait péter les plombs des joueurs ! J’ai déjà vu des arbitres qui maîtrisent à peine le français ! »

Damien Groiselle est le président de l’Unaf (Union Nationale des Arbitres Français) d’Île-de-France. Il connaît bien le phénomène de la violence car il a souvent assisté à des réunions avec ses collègues arbitres pour y remédier.

« La violence qui touche les arbitres vient des supporters, des joueurs et parfois même des parents. Dorénavant, il y a également des gens extérieurs au terrain qui n’ont rien à voir avec les clubs, mais qui sont uniquement là pour “ se foutre sur la gueule ”, analyse-t-il. « On observe aussi qu’il y a des personnes armées, parfois masquées, qui débarquent sur les terrains pour se livrer à des agressions. L’identification de ces fauteurs de troubles devient très compliquée. De plus, certains maires refusent d’interdire l’accès aux stades à des personnes susceptibles de semer le désordre, prétextant que c’est un lieu public. C’est un problème de plus en plus inquiétant pour les clubs. »

Les clubs ne peuvent pas se permettre d’investir dans un service de sécurité à chaque match car ils ont déjà de nombreuses charges à payer. Chaque année, les 14 000 clubs amateurs français déboursent 150 millions d’euros (frais d’arbitrage, cotisations des licences et diverses amendes distribuées à la Ligue, aux districts et à la Fédération). Assurer la sécurité dans les stades consisterait pour les clubs à faire appel à des bénévoles qui pourraient surveiller le bon déroulement des matchs. Mais ils ne pourraient pas fouiller les spectateurs à l’entrée du stade, car ils ne sont pas habilités pour le faire. Les clubs se retrouvent donc impuissants face aux problèmes de sécurité. Il est également illusoire de faire appel à la police car elle arrive souvent trop tard.

Un nombre d’agressions en nette hausse

L’Unaf a recensé 4841 agressions verbales ou physiques touchant des arbitres amateurs durant la saison 2016-2017. Elle a également dénombré 379 agressions physiques. En Île-de-France, il y a eu trois fois plus d’agressions pendant la saison dernière : 29 contre 10 au cours de la saison précédente. Afin de réprimer la violence, la loi Lamour du 23 octobre 2006 fait de l’arbitre un chargé de mission de service public. Cela a permis d’aggraver les sanctions contre les auteurs d’agressions. La FFF a mis en place un barème disciplinaire, qui est ensuite appliqué par les ligues et les districts. L’Unaf a salué ces mesures mais déplore que celles-ci n’aillent pas assez loin. Elle réclame donc plus de fermeté, en se focalisant sur l’aspect dissuasif. Laurent Bollet, arbitre et président de l’Unaf de Franche-Comté, confirme cette volonté : « Chaque district a la possibilité de sanctionner par rapport aux actes de violence qui lui sont signalés. Il peut aggraver les peines. Toutefois, l’Unaf revendique une plus grande sévérité pour éviter d’appliquer des sanctions. Elle cherche à mettre en exergue la dissuasion. A une époque, l’Unaf a demandé la radiation à vie pour les auteurs de violences très graves, mais ça n’a pas été retenu. »

Statistiques de janvier 2017 des violences dans le football amateur https://www.lagazettedescommunes.com/telechargements/2017/01/foot-amateur-violences-ondrp.pdf

Malgré les efforts consentis par la FFF, les districts et les ligues, la progression de la violence n’a pas baissé. Même si on ne peut pas parler d’une flambée de violence, celle-ci s’est bel et bien développée sur tout le territoire. Cela témoigne de l’inefficacité des actions qui ont été engagées. Afin d’y remédier, des clubs s’efforcent de trouver des solutions pour stopper la violence. « Des rencontres sont organisées avec les clubs, mais tous ne viennent pas. Évidemment, c’est toujours chez les autres qu’il y a des problèmes ! » se désole le président de l’Unaf de l’Hérault. « Pour éradiquer la violence, il faut créer des complicités entre les présidents de clubs. Il faut aussi relativiser l’importance du foot », poursuit-il. Le président de l’Unaf du Gers témoigne lui aussi d’un dialogue entre les clubs, mais seulement d’une partie d’entre eux : « Il y a eu des réunions dans le Gers, avec les clubs et les arbitres. Tous les clubs ne sont pas venus, mais j’ai apprécié l’ambiance. On a pu échanger. Si les joueurs connaissent mieux l’arbitre, ça peut permettre d’éviter des agressions ».

« Nous avons demandé à parler avec Noël le Graët (ndlr : le président de la FFF) à plusieurs reprises, mais il refuse de nous parler ! La FFF délaisse le foot amateur ! », s’exclame Joël Abela, président de l’AFFA (Association Française de Football Amateur)

Gwenaël Martin est arbitre et regrette, lui aussi, un dialogue insuffisant mais également défaillant : « Les arbitres ont essayé de dialoguer, mais les associations d’arbitres ne l’ont pas fait comme elles auraient dû ». Joël Abela, le président de l’AFFA (Association Française de Football Amateur) déplore une rupture du dialogue avec la FFF : « Nous avons demandé à parler avec Noël le Graët (ndlr : le président de la FFF) à plusieurs reprises, mais il refuse de nous parler ! La FFF délaisse le foot amateur ! »

Avec peu de moyens, le foot amateur est aussi bien seul pour protéger ses arbitres, qui manquent de plus en plus souvent à l’appel.

 Par Hervé Hinopay (Edité par Judith Lewi)