Dans le quartier de l’hôpital à Montreuil, les habitants ont peur de perdre l’esprit village

Les travaux de la ligne 11 devraient s’achever fin 2021 et permettra de rallier la ville de Montreuil (Seine Saint Denis) à Châtelet, dans le centre de Paris en seulement 24 minutes (contre 47 actuellement). Si le projet enthousiasme plutôt les habitants du département, d’autres sont plus dubitatifs. Reportage dans le quartier qui accueillera la future station Montreuil Hôpital. .

« Mais plus pratique pour qui le métro ? » s’énerve Stéphane. Comme beaucoup, il craint de voir l’âme de sa ville transformée « Ca fait quarante-trois ans que j’habite là et je n’en ai pas besoin. Agent d’entretien des voiries cet homme aux yeux cernés et à la carrure forte brandit son paquet de cigarettes blondes en nous expliquant « Plein de gens sont partis. Ils en avaient marre, le quartier change. Il y a des travaux partout, on peut plus se garer. Regardez, il y a des bouchons partout. Et les promoteurs rachètent les baraques des gens. Ils proposent beaucoup d’argent. Tout ça pour avoir des gros immeubles dans quelques années qui hébergeront des riches »

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« On va perdre notre esprit village »

Dans ce quartier hétérogène à quelques encablures de la future station de métro Montreuil-Hôpital, et où se croisent toutes les couches sociales, la pression immobilière est là. A côté des pavillons et des bars fréquentés par les chibanis, les affiches de grands promoteurs exhibent des plans en 3D d’immeubles avec une TVA à 5,5%. La forte concentration d’agences immobilières dans un faible périmètre laisse présager la flambée des prix au mètre carré. Les pare brises des voitures stationnées ont tous un tract estampillé ORPI ou Atland vantant le fameux Prêt à Taux Zéro qu’octroient les banques lors d’un achat dans le neuf.

« Certaines personnes ont acheté leur maison ici pour être au calme, et ils vont avoir une bouche de métro et du passage au pied de chez eux. On va perdre notre esprit village » s’énerve Marie, dynamique retraitée aux cheveux grisonnants retenus par une barrette.

« Ils ont créé un groupe Facebook Montreuil Ville poubelle »

Il y a aussi la crainte de nouveaux habitants qui arrivent. Dans sa blouse blanche de préparatrice en pharmacie, Elisabeth, 38 ans argumente « Les bobos ont déjà envahi le bas-Montreuil et maintenant, ils vont débarquer ici. Ils n’ont la mentalité montreuilloise. Ils sont toujours en train de râler. Ils ont créé un groupe Facebook « Montreuil Ville Poubelle » pour se plaindre.

Avec 13.500 habitants de plus depuis 1999, Montreuil est aujoud’hui la cinquième ville d’Ile de France en terme de population et doit faire aujourd’hui face à de nouveaux défis urbains.