Violence dans le football amateur : les arbitres en première ligne

France : un joueur de 16 ans suspendu trente ans pour avoir frappé un arbitre.

France : un joueur de 16 ans suspendu trente ans pour avoir frappé un arbitre.

 

 

 

 

 

 

« J’ai reçu un coup de tête d’un joueur pendant un match de 2e série. Depuis, je ne prends plus de plaisir à arbitrer. Je pense que les joueurs croient qu’on détient le résultat du match, alors que nous sommes impartiaux. A chaque rencontre, on est contestés et insultés. Les noms d’oiseaux fusent. » Après vingt-quatre ans d’arbitrage, le Montalbanais Pierre-Nicolas Gallo jette l’éponge et dresse un constat amer sur l’évolution des mentalités dans le foot amateur, comme il l’expliquait à La Dépêche, le 11 octobre dernier.

Une violence qui se généralise

Depuis de nombreuses années, le foot amateur connaît une recrudescence de la violence. Dans un sport où les arbitres (26 000 en France, dans le foot amateur) sont fréquemment contestés pour leurs décisions et peu respectés, la tension monte. Le foot professionnel illustre ce constat, et ne donne pas toujours l’exemple. Dans les stades, les actes de violences sont perpétrés par des supporters, des joueurs mais aussi par des personnes extérieures au terrain. On s’aperçoit également que la violence touche des catégories de plus en plus jeunes (les moins de 13 ans), et les femmes. Ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. Ce regain de violence décourage les vocations, provoquant ainsi un manque d’arbitres. D’ailleurs, plusieurs d’entre eux, surtout des jeunes, arrêtent d’arbitrer au bout de deux ou trois saisons. Cette carence du nombre d’arbitres fait souffrir le foot amateur et concerne toute la France.

« Pour enrayer la violence, il faudrait plus d’arbitres. Ils font parfois face à des individus violents qui sont nombreux. Ils ne peuvent faire grand-chose si ça s’envenime. Ce serait vraiment une bonne chose, car il manque des arbitres dans toute la France », explique le président de l’Unaf (Union Nationale des Arbitres Français) du Gers.

Sur les terrains, la tension est souvent très élevée. L’arbitre est conspué, insulté, parfois par des centaines de personnes. Il a une grosse responsabilité de par sa mission de directeur de jeu. Il doit s’imposer rapidement, sous peine de voir son autorité mise à mal. Mais l’arbitre se retrouve fréquemment isolé et a besoin de soutien lors de prises de décisions importantes d’un match ou de situations de conflits. « Pour enrayer la violence, il faudrait plus d’arbitres. Ils font parfois face à des individus violents qui sont nombreux. Ils ne peuvent faire grand-chose si ça s’envenime. Ce serait vraiment une bonne chose, car il manque des arbitres dans toute la France », explique le président de l’Unaf (Union Nationale des Arbitres Français) du Gers. En augmentant le nombre d’arbitres, les matchs seraient mieux dirigés, ce qui ferait baisser la nervosité des joueurs.

Les arbitres sont les premiers touchés par la violence.

Lors de la saison 2015-2016, 4.447 faits ont été signalés, majoritairement des actes de violences verbales mais qu’exceptionnellement avec un caractère discriminatoire ou raciste. Dans près de 20%, les arbitres reçoivent toutefois des menaces ou des intimidations lancées par des joueurs.

 

 

Une dégradation du métier d’arbitre

Gaëtan Gouron est un ancien arbitre qui a exercé pendant dix ans, de 2003 à 2013. Devenu journaliste, il a pu observer une dégradation des conditions d’exercice du métier d’arbitre. Il déplore notamment un manque de formation de certains de ces ex-collègues. « Beaucoup d’arbitres ne sont pas assez formés. Ils ne sont pas suffisamment armés pour gérer les conflits lors de matchs sensibles. » On peut devenir arbitre à partir de l’âge de 15 ans jusqu’à 40 ans. Le candidat doit être licencié à la FFF (Fédération Française de Football) et s’adresser à son président de club pour qu’il se renseigne auprès du Conseil départemental de sa région sur les possibilités de formation. Sa candidature est ensuite présentée par son club pour passer un examen. Les arbitres sont constamment sous pression, en raison de l’enjeu, et ont donc besoin sur les matchs à risques de faire preuve de pédagogie et de psychologie. C’est justement ce que doit apporter une formation solide, mais ce n’est pas toujours le cas. La notion de « gestion des conflits » est pourtant intégrée dans le cursus de formation des arbitres, mais ne s’adapte pas assez vite à l’évolution de la violence dans le foot.

Rakoub Kouati est un jeune entraîneur du club du C.S. Pouchet, dans le XVIIe arrondissement de Paris, de la section féminine. « Il y a des arbitres alimentaires qui ne sont pas du tout compétents. Ils s’en foutent et ne sont là que pour l’argent. Ça peut créer des tensions lors de décisions incomprises », estime-t-il. Le président du club, Karl Berkemal, ajoute, irrité : « C’est vraiment scandaleux. Les arbitres alimentaires sont nullissimes ! Je me suis moi-même déjà énervé ! Ça fait péter les plombs des joueurs ! J’ai déjà vu des arbitres qui maîtrisent à peine le français ! »

Damien Groiselle est le président de l’Unaf (Union Nationale des Arbitres Français) d’Île-de-France. Il connaît bien le phénomène de la violence car il a souvent assisté à des réunions avec ses collègues arbitres pour y remédier.

« La violence qui touche les arbitres vient des supporters, des joueurs et parfois même des parents. Dorénavant, il y a également des gens extérieurs au terrain qui n’ont rien à voir avec les clubs, mais qui sont uniquement là pour “ se foutre sur la gueule ”, analyse-t-il. « On observe aussi qu’il y a des personnes armées, parfois masquées, qui débarquent sur les terrains pour se livrer à des agressions. L’identification de ces fauteurs de troubles devient très compliquée. De plus, certains maires refusent d’interdire l’accès aux stades à des personnes susceptibles de semer le désordre, prétextant que c’est un lieu public. C’est un problème de plus en plus inquiétant pour les clubs. »

Les clubs ne peuvent pas se permettre d’investir dans un service de sécurité à chaque match car ils ont déjà de nombreuses charges à payer. Chaque année, les 14 000 clubs amateurs français déboursent 150 millions d’euros (frais d’arbitrage, cotisations des licences et diverses amendes distribuées à la Ligue, aux districts et à la Fédération). Assurer la sécurité dans les stades consisterait pour les clubs à faire appel à des bénévoles qui pourraient surveiller le bon déroulement des matchs. Mais ils ne pourraient pas fouiller les spectateurs à l’entrée du stade, car ils ne sont pas habilités pour le faire. Les clubs se retrouvent donc impuissants face aux problèmes de sécurité. Il est également illusoire de faire appel à la police car elle arrive souvent trop tard.

Un nombre d’agressions en nette hausse

L’Unaf a recensé 4841 agressions verbales ou physiques touchant des arbitres amateurs durant la saison 2016-2017. Elle a également dénombré 379 agressions physiques. En Île-de-France, il y a eu trois fois plus d’agressions pendant la saison dernière : 29 contre 10 au cours de la saison précédente. Afin de réprimer la violence, la loi Lamour du 23 octobre 2006 fait de l’arbitre un chargé de mission de service public. Cela a permis d’aggraver les sanctions contre les auteurs d’agressions. La FFF a mis en place un barème disciplinaire, qui est ensuite appliqué par les ligues et les districts. L’Unaf a salué ces mesures mais déplore que celles-ci n’aillent pas assez loin. Elle réclame donc plus de fermeté, en se focalisant sur l’aspect dissuasif. Laurent Bollet, arbitre et président de l’Unaf de Franche-Comté, confirme cette volonté : « Chaque district a la possibilité de sanctionner par rapport aux actes de violence qui lui sont signalés. Il peut aggraver les peines. Toutefois, l’Unaf revendique une plus grande sévérité pour éviter d’appliquer des sanctions. Elle cherche à mettre en exergue la dissuasion. A une époque, l’Unaf a demandé la radiation à vie pour les auteurs de violences très graves, mais ça n’a pas été retenu. »

Statistiques de janvier 2017 des violences dans le football amateur https://www.lagazettedescommunes.com/telechargements/2017/01/foot-amateur-violences-ondrp.pdf

Malgré les efforts consentis par la FFF, les districts et les ligues, la progression de la violence n’a pas baissé. Même si on ne peut pas parler d’une flambée de violence, celle-ci s’est bel et bien développée sur tout le territoire. Cela témoigne de l’inefficacité des actions qui ont été engagées. Afin d’y remédier, des clubs s’efforcent de trouver des solutions pour stopper la violence. « Des rencontres sont organisées avec les clubs, mais tous ne viennent pas. Évidemment, c’est toujours chez les autres qu’il y a des problèmes ! » se désole le président de l’Unaf de l’Hérault. « Pour éradiquer la violence, il faut créer des complicités entre les présidents de clubs. Il faut aussi relativiser l’importance du foot », poursuit-il. Le président de l’Unaf du Gers témoigne lui aussi d’un dialogue entre les clubs, mais seulement d’une partie d’entre eux : « Il y a eu des réunions dans le Gers, avec les clubs et les arbitres. Tous les clubs ne sont pas venus, mais j’ai apprécié l’ambiance. On a pu échanger. Si les joueurs connaissent mieux l’arbitre, ça peut permettre d’éviter des agressions ».

« Nous avons demandé à parler avec Noël le Graët (ndlr : le président de la FFF) à plusieurs reprises, mais il refuse de nous parler ! La FFF délaisse le foot amateur ! », s’exclame Joël Abela, président de l’AFFA (Association Française de Football Amateur)

Gwenaël Martin est arbitre et regrette, lui aussi, un dialogue insuffisant mais également défaillant : « Les arbitres ont essayé de dialoguer, mais les associations d’arbitres ne l’ont pas fait comme elles auraient dû ». Joël Abela, le président de l’AFFA (Association Française de Football Amateur) déplore une rupture du dialogue avec la FFF : « Nous avons demandé à parler avec Noël le Graët (ndlr : le président de la FFF) à plusieurs reprises, mais il refuse de nous parler ! La FFF délaisse le foot amateur ! »

Avec peu de moyens, le foot amateur est aussi bien seul pour protéger ses arbitres, qui manquent de plus en plus souvent à l’appel.

 Par Hervé Hinopay (Edité par Judith Lewi)

Travaux de la ligne 11 : l’impact sur les commerçants

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Métro parisien (Crédits photo : Flikr)

Avec six nouvelles stations créées d’ici 2020, les commerçants pâtissent des inconvénients dus aux travaux. Ils font néanmoins preuve d’entraide et de débrouillardise dans cette situation où leur chiffre d’affaires se voit grandement réduit.

Au milieu du vacarme et des grues, Maurice, propriétaire d’une agence immobilière sur le boulevard de la Liberté aux Lilas (Seine-Saint-Denis) attend son rendez-vous de pied ferme. Depuis des mois, il perd des clients. Il a donc fait appel à un chargé d’information de la RATP pour pouvoir installer dans le quartier des banderoles rappelant que son établissement est ouvert.

Enseignes occultées, circulation interdite, places de stationnement supprimées, bruit et poussière… Sur le boulevard de la Liberté, la fréquentation des commerces est sérieusement impactée par les travaux de la station de métro Mairie des Lilas. Au milieu de ce chaos urbain, qui ne prendra pas fin avant 2020, les commerçants redoublent d’inventivité pour ne pas perdre leurs clients.

Casquette de titi parisien et tablier rouge, Loïc mise sur la solidarité pour tenir le coup dans sa fromagerie : « Avec les travaux, les gens viennent moins. Il a fallu se retrousser les manches ! Je fais de la communication, je distribue mes flyers aux autres commerçants, on s’entraide et on s’envoie nos clients. »

A deux pas de là, Sandrine, fleuriste, se montre pragmatique : « Avec l’impact des travaux sur mon chiffre d’affaires, je limite l’embauche, j’ai juste une employée à mi-temps. Heureusement que je n’ai pas de concurrence dans le quartier ! » Comme ses voisins, elle doit supporter le bruit et la saleté. « J’ai râlé sur les réseaux sociaux quand les travaux ont occasionné d’énormes poubelles devant mon magasin. Ca n’a pas traîné, ils ont rapidement fait le nécessaire ! »

En face, la vitrine de la boutique Optic Duroc est vide. Jessica et Megane, les deux jeunes vendeuses, ont été obligées de réorganiser le magasin : « Sur le boulevard, les gens pensent que nous sommes fermés. Heureusement, on a aussi une vitrine sur la rue de Paris ! On a donc déplacé tous nos produits d’un seul côté. Mais on a quand même perdu 30% de notre chiffre d’affaires… »

Michel, le propriétaire de l’agence immobilière, a enfin été rejoint par le chargé d’information de la RATP pour convenir des emplacements stratégiques de ses futures banderoles. En outre, comme tous les commerçants impactés, il espère que son dossier d’indemnisation à la RATP sera rapidement validé.

Reportage de Céline

 

Prolongement de la ligne 11, Riverains en souffrance

Les grands travaux de la ligne 11 du métro reliant la Mairie des Lilas à Rosny-Bois-Perrier ont commencé en juillet 2016. Le prolongement s’étend sur 6 km et prévoit la création de 6 nouvelles stations, dont une en viaduc. La future station La Dhuys représente le chantier le plus délicat de cette ligne.

Une immense grue bleue manœuvre au ras d’une tour de 18 étages. Nous sommes au 25 rue Lucien Piron à Rosny Sous Bois. De son appartement lumineux au 15ème étage, Oussman, 49 ans, a une vue vertigineuse : un puits gigantesque de 36 m de diamètres et 25 m de profondeur. C’est d’ici, station la Dhuys que partira le tunnelier de la ligne 11, qui permettra dès 2019 de creuser le prolongement de la ligne 11 du métro parisien jusqu’à la station Serge Gainsbourg aux Lilas. « 600 camions en convois exceptionnel seront nécessaires pour apporter les pièces du tunnelier qui mesurera 100 mètres de long. » explique Anis, ingénieur maître d’œuvre du projet.

Derrière les palissades, les ouvriers se relaient 6 jours sur 7, 24h sur 24. Au pied des tours, c’est désert. Alain, 81, ancien combattant d’Algérie, nous raconte : « Ici c’était des Champs, Il n’y avait pas toutes ces tours ». Il se félicite de l’arrivée du métro, même si sa maladie de Parkinson ne lui permettra peut-être pas d’assister à l’inauguration. Tiaré, 27 ans, silhouette de mannequin, sort de l’immeuble. « C’est infernal le bruit, je travaillais à l’aéroport en horaires décalés, je n’arrivais pas à dormir la journée.J’ai dû quitter mon emploi. On est plusieurs à s’être plaints à la mairie mais ça n’a rien changé ». Même discours de Dramé, grand père de 67 ans, qui ouvre sa porte au 12èmeétage. « Si j’avais les moyens, je partirai. »

À la mairie, Catherine Lusso tempère : « il faut comprendre que les riverains ont déjà subi les gros travaux du réseau de chaleur géothermique dès 2015. Leur patience a été mise à mal ». En accord avec la mairie, la RATP a mis en place des mesures anti-bruit. « Des bâches acoustiques ont été déployées au fond du puits et aux pieds des tours pour atténuer les réverbérations » précise Gérald Techi, référent RATP. Les interventions les plus bruyantes sont réalisées de 7h à 20h. Pas au-delà.

la lettre info Riverains # 2 dédiée à cette station

 

 

 

Métro Porte des Lilas en travaux : des commerçants mécontents

Les commerçants se considèrent pénalisés par les travaux Porte des Lilas qui gênent le déplacement des piétons et génèrent une baisse de leur activité.

Dans les effluves de goudron mêlées de gaz d’échappement, les passants slaloment entre les zones de travaux à la Porte des Lilas. Au vacarme habituel de la circulation, s’ajoutent le remue-ménage des grues mobiles et les allées et venues des ouvriers en gilet fluo.

travaux métro porte des Lilas

Porte des Lilas en travaux 26 Septembre 2018 (photo : VirginieR)

Comme dans les autres stations de la ligne 11 du métro parisien, des travaux sont en cours, en perspective de l’ouverture de six nouvelles stations entre Mairie des Lilas et Rosny-Bois- Perrier à l’horizon 2022. Un premier chantier s’étale depuis fin août sur 150 mètres le long de la rue de Belleville où l’on renouvelle les câbles d’alimentation. Un second chantier, avenue de la Porte des Lilas, concerne la création d’un nouvel accès à la station. Les commerçants regardent d’un mauvais œil ces travaux qui entravent la circulation des piétons et découragent la clientèle.

Le kiosquier, situé sur le carrefour à deux pas de la rue de Belleville, déplore la baisse de la fréquentation : « le chiffre a baissé de 10 à 15% depuis le début des travaux. Mes clients sont souvent des femmes âgées, elles ont du mal à venir, elles ont peur des voitures, ça les dissuade. » Le buraliste de l’avenue de Belleville est mécontent lui aussi, il n’a pas de « pont lourd » devant son échoppe, contrairement au restaurant japonais un peu plus loin. Les «ponts lourds», ce sont ces plaques posées au-dessus de la tranchée qui permettent aux passants d’accéder au magasin sans faire un long détour.

Côté Porte des Lilas, les travaux pour la nouvelle sortie de la station ont démarré en février 2018. Chef de chantier en génie civil, Thierry Duval, dont le rôle est aussi de dialoguer avec le voisinage, se veut rassurant : « ça se passe plutôt bien avec le voisinage. » Mais Ahmed qui travaille à la boulangerie Aux Délices des Lilas signale des désagréments : « J’habite au-dessus de la boulangerie et ils ont sorti les marteaux piqueurs à deux heures du matin cette nuit, la police a dû intervenir !»

Un peu plus loin, en longeant l’avenue de la Porte des Lilas, de l’autre côté du périphérique, le Pub irlandais Corcoran’s est épargné par le vacarme des travaux. Le serveur du Pub se frotte les mains : « la création de la nouvelle sortie de la station de métro va drainer plus de monde. En plus nous ne subissons aucun désagrément lié aux travaux. »

 

Le salutaire travail des vers de terre à la ferme de la REcyclerie

Située porte de Clignancourt, la ferme de la REcyclerie est un lieu emblématique de l’agriculture urbaine et de la préservation de la biodiversité, à l’honneur les 22 et 23 septembre dans le cadre de la 22e fête des jardins de la capitale organisée par la mairie de Paris.

Sur la voie ferrée désaffectée de la Petite Couronne, verdoient et s’enchevêtrent des « mauvaises herbes » et des lierres qui concourent à la dépollution de l’air et à la biodiversité. Le long de cette voie, ses talus et les anciens quais de la gare d’Ornano sont désormais dédiés à la permaculture. Les plantes mellifères sur le toit végétalisé de l’ancienne consigne, les 150 m2 du potager et les 140 m2 de la serre bénéficient d’un système d’arrosage goutte à goutte. Pour que la terre reste humide, on la couvre de paille et de grains de pouzzolane, une roche volcanique poreuse. Les « phytos », pesticides et engrais chimiques, sont proscrits. Ils « tuent la vie », explique Cécile, une férue d’écologie qui, à 47 ans, fait un stage ici. Il faut que l’on soit réduit à la dernière nécessité pour que l’on recoure au savon noir dilué dans de l’eau tiède, un insecticide biodégradable.

La bonne nouvelle

Il a fallu 2 ans pour assainir le sol de la ferme, située à 350 m du périphérique. « La bonne nouvelle, observe Cécile, c’est que l’on peut remettre en état un sol. » Pour cela, il faut, entre autres opérations complexes, des vers qui aèrent et fertilisent la terre.

Le sol du potager est désormais l’un des plus riches en lombrics de Paris. Des riverain·es versent dans le « lombricomposteur » des déchets triés sur le volet, que le « travail des vers de terre » transforme en compost. Ce compost, et le « jus de vers » qui s’en écoule, servent d’engrais pour le potager et la serre.

Les trous ne changent pas le goût

Mais les trous dans les feuilles de menthe poivrée ? « Ils ne modifient pas leurs qualités nutritionnelle et gustative », et chaque matin, deux canards font la chasse à la limace. Les feuilles racornies qui déparent les guirlandes de courges serpentant dans la serre et le potager ? « ça ne dérange pas le fruit », répond Olivier qui, à 26 ans, coordonne la ferme urbaine. Décontracté, en bermuda et tee-shirt vert amande – ça ne s’invente pas –, ce salarié de l’association des Amis recycleurs, convient qu’en dépit de son master en étude de sol à AgroParisTech, il a « surtout appris sur le terrain » ; au milieu des 170 plantes dont il prend soin avec un agriculteur, des bénévoles de l’association et des stagiaires.

Dakary se réjouit

« C’est une bonne initiative », juge Dakary, un grand gaillard posé de 40 ans, d’ascendance africaine, mais né dans le quartier. « Jusqu’à ce que je travaille devant la REcyclerie, je passais à côté sans même me demander ce que c’était ». À présent, il se réjouit de savoir qu’« il y a des ruches au-dessus de nos têtes », sur le toit végétalisé. Il va emmener ses ami·es et sa famille, après le travail, dans « ce petit bout de campagne ».

Le vote du budget participatif, clôturé à la fin de la fête des jardins, nous dira jusqu’à quel point les Parisien·nes ont, sinon la main, du moins le cœur vert.

Sylvia Duverger

 

3145 intertitres compris

La Recyclerie : une clientèle en quête de changement de style de vie

« Je suis végétarienne et en route pour un mode de vie zéro déchet », « j’ai quitté Paris, maintenant je fais pousser des calebasses, j’en fais des lampes », « je suis flex », « je crève les pneus des 4×4 ». Voici quelques une des « bonnes idées » épinglées sur le grand tableau disposé au fond du « café-cantine » de la Recyclerie.

L’établissement, créé en 2014 dans le 18ème arrondissement de Paris brasse une multitude d’initiatives autour des valeurs éco-responsables. Les clients en questionnement sur leur style de vie s’y retrouvent et peuvent partager leurs expériences et leurs projets.

Au milieu des effluves d’herbes aromatiques et une légère musique en fond sonore, une dizaine de clients sont attablés devant la grande paroi vitrée qui surplombe les voies de cette ancienne gare. Des objets vintage sont disséminés dans la vaste salle : un gros téléphone gris à cadran, une boîte aux lettres en bois, un peu plus loin une ancienne balance d’épicier.

Cécile, quarante-sept ans, est stagiaire depuis huit jours à la Recyclerie. En tee-shirt violet, pantalon treillis et chaussures de marche, elle ramène au Chef 10 œufs du poulailler. Elle déclare avec enthousiasme : « moi j’encourage tout le monde à être agriculteur ! » Ancienne journaliste radio, elle se reconvertit et suit une formation en Arts et Techniques du paysage, spécialité agriculture urbaine et péri-urbaine à l’école du Breuil dans Paris 12ème.

Avenante, elle explique qu’elle fait de la « pédagogie » pendant son stage et répond aux demandes de conseils en matière de jardinage. Son activité lui donne l’occasion d’échanger avec les clients, habitués ou de passage, elle les entend parler de leurs projets : « j’entends très souvent les gens me dire qu’ils veulent changer de vie et qu’ils en ont ras le bol des écrans ». Les gens lui font part de leur envie de quitter la ville et de se mettre au vert. « Je vois beaucoup de gens qui se forment en permaculture, d’autres font du woofing, cette pratique qui permet d’aller travailler dans des fermes bio et de partager ainsi des savoir-faire». « Les gens ont compris l’urgence des problèmes de biodiversité et de changements climatiques, on a 20 ans pour remettre les sols en état. »

Un petit groupe commence à se masser à l’entrée de la Recyclerie, devant « l’atelier René » qui propose de petits travaux de réparation. Il est quatre heures, une visite guidée de l’espace va démarrer. Christophe, la quarantaine, chemise à fleurs, est venu pour la visite. « Je suis bénévole depuis deux ans au café sauvage à Caen, où le prix des consommations est libre, je m’intéresse à ce type d’initiative ». Il est lui-même en reconversion professionnelle, animateur jeunesse, il cherche aujourd’hui à se former pour ouvrir un espace dédié au bien-être et aux massages.

Simon, âgé de 28 ans, explique qu’il revient du Canada où il a suivi une formation en agriculture urbaine. Il profite de la visite pour demander s’ils recherchent des candidats dans ce domaine. Malheureusement, le poste a été pourvu récemment, on lui propose de retenter sa chance un peu plus tard…

Virginie Cantagrel

L’open space du Centquatre, un vivier de talents

(2977 signes)

Sous l’immense halle vitrée, un jongleur en débardeur fait voler avec brio des balles orange. Derrière lui, installé sur un grand tissu indien, un yogi man réalise des échauffements et des vocalises. Un peu plus loin, une dizaine de jeunes blacks répètent leur chorégraphie sur un air de rock’n’roll. Qui, parmi eux, vit déjà de son art ? Qui en fera sa profession ? L’open space du Centquatre accueille des profils très variés.

« Je ne sais pas encore si j’en ferai son métier, pour le moment j’ai surtout envie de m’améliorer », estime Elise, les joues rosies par l’effort. La danseuse de 24 ans fait du break dance depuis 2 ans. Titulaire d’une licence de théâtre et de danse, elle vit au jour le jour. A quelques mètres de là, son petit ami, fraîchement débarqué du Brésil, est ultra-concentré sur un exercice acrobatique. « Là-bas, il touchait parfois des cachets pour des spectacles et des carnavals, ajoute-t-elle. Pour le moment, ce n’est pas le cas ici. Mais bon, même s’il a plus d’expérience que moi, lui aussi cherche avant tout à se perfectionner ».

De nombreux groupes de travail sont disséminés aux quatre coins de l’open space. Certains artistes s’entraînent seuls. Malgré l’ambiance studieuse, des éclats de rire fusent régulièrement.

Si la plupart des amateurs qui viennent s’entraîner ici n’ont pas de plan de carrière, le Centquatre est pourtant un vivier de talents. D’ailleurs, des castings sont ponctuellement organisés dans l’établissement. « Le chorégraphe Radhouane El Meddeb, qui était artiste résident au Centquatre il y a quelques années, est venu chercher ici une dizaine de danseurs pour son spectacle Heroes ! », explique Lya Garcia avec enthousiasme. Perchée sur un haut tabouret, moulée dans une jolie robe rouge, la jeune femme travaille ici en tant qu’accueillante de la médiation culturelle.

Ici, on ne voit pas de jeunes rivés à leur iPhone. Tous profitent au maximum de cet endroit qu’ils considèrent comme « exceptionnel » grâce à son libre accès, son sol parfaitement lisse, sa belle lumière et sa surface impressionnante.

« Je ne me vois pas faire autre chose, je fais ce que j’aime ! » confie Elena, 37 ans, les yeux gris joliment surlignés de noir, avec un léger accent russe. Celle qui consacre tout son temps à son art – la roue Cyr – admet pourtant que ce n’est pas facile d’en vivre. Selon elle, le Centquatre permet de tisser des liens intéressants. « Un de mes amis a monté un projet grâce à sa rencontre avec un photographe ici-même ».

« Vous avez remarqué, ici, il n’y a aucune horloge, ajoute Elena. On se concentre et on s’amuse. On ne compte pas le temps qui passe ». Si le Centquatre est bel et bien un incubateur de talents, les artistes amateurs qui le fréquentent ne sont pas obnubilés par leur avenir dans la profession, loin de là. En attendant de faire partie de la crème du break dance, Elise rejoint son petit ami sur la piste pour reprendre, inlassablement, la figure auquel elle a décidé de s’atteler aujourd’hui.