Typoésie… avec François Weil

Conf_François Weil« L’écrit dessine un archipel dans les vastes eaux de l’oralité humaine. L’écrit sans même s’arrêter aux différents formats de présentation du livre, constitue un cas à part, une technique particulière au sein d’une totalité sémiotique largement orale. Des dizaines de milliers d’années avant le développement des formes écrites, on racontait des récits, on transmettait oralement des enseignements religieux et magiques, on composait et on transmettait des formules incantatoires d’amour, ou des anathèmes. »

C’est par cette citation du Silence des livres de Georges Steiner, que François Weil, ce grand Monsieur typographe et graphiste indépendant, a clos mercredi dernier, à l’Emi, ce qu’il appelle une « parlote », que d’autres appelleraient une conférence.

Parlote double en fait, sur deux notions transversales du design graphique :
– la lisibilité, renvoi à la culture, à une initiation aux conventions entre l’émetteur et le récepteur du texte, et à l’ensemble œil-cerveau, organe fragile et sensible, notamment aux effets d’optique ;
– les marges, interdit à franchir et territoire à défendre, qui portent le texte.

Il n’existe malheureusement pas de captation vidéo des « parlotes » de Monsieur Weil : cela reste à faire ! (Pour bientôt ?)
Et mes mots, même à l’aide des quelques notes prises ce mercredi, ne sauraient rendre avec justesse la parole entendue, encore moins son rythme et son humour, coextensifs de son contenu.

Alors juste en petit écho, parce que la « parlote » me l’a rappelé, ce petit texte recueilli il y a plus d’une vingtaine d’années :
« Un beau livre n’est pas nécessairement un livre illustré, à tirage limité, une édition de luxe…
La beauté d’un livre provient d’un équilibre harmonieux entre divers éléments tels que le format, la nature du papier, la grandeur et les formes des caractères ou la composition du texte, éléments qui incombent tous au typographe.
Mais s’il doit être agréable à consulter, le livre doit également répondre à une fonction précise : il a pour vocation d’être lu. Le typographe doit donc se mettre au service du texte, se soumettre à l’auteur et faciliter la tâche du lecteur. »

Merci à l’Emi et à Adeline, notre prof de typo — qui a animé avec François Weil la revue de typographie Graphê pendant une dizaine d’années —, d’avoir rendu possible cette rencontre.

Et bien sûr merci à l’homme de l’archipel pour cette promenade en sa compagnie aux frontières du lisible-illisible et au cœur des marges.

 

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