Un ange passe… à Engie

Les militants de l’association « Climate Guardian Angels » organisent une performance au pied du siège d’Engie, à Paris, pour dénoncer les actions de l’entreprise, qualifiées de criminelles.

Deux membres des Guardian Angels sont positionnés devant l'entrée du batiment Engie, situé dans le quartier de la défense à Paris. Une sympatisante colle une affiche "criminel climatique". Le 10 décembre 2015.
Deux membres des Climate Guardian Angels sont positionnés devant l’entrée du bâtiment Engie, le 10 décembre 2015, au quartier de La Défense de Paris.

Les anges bloquent les accès de la tour Engie à la Défense, ce jeudi 10 décembre. Les militants de l’organisation australienne « Climate Guardian Angels », déguisés en anges, déclarent l’état de siège devant le quartier général du géant français de l’énergie Engie, anciennement GDF-Suez.

L’action-éclair surprend les employés, bloqués à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment.
« Votre compagnie a du sang sur les mains », scandent en anglais les militants. Les activistes tiennent l’entreprise pour responsable de la mort de 11 personnes dans l’état du Victoria, près de Melbourne. En février dernier, un incendie se déclare dans une mine de charbon, propriété de l’entreprise française. Les pompiers mettent 45 jours pour maîtriser le feu ! En plus du lourd bilan humain, le sinistre a causé de sérieux dégâts écologiques. Négligences et manquements à la sécurité sont en cause.

« Ne changez pas seulement de nom »

« C’est un scandale ! Vous êtes des hypocrites », s’exclame Deborah Heart, ange de l’association. « Comment osez-vous sponsoriser la COP21 ? » Deborah n’en démord pas. Les manifestants demandent des sanctions légales et économiques à l’encontre d’Engie.
Pour les Australiens, l’entreprise française se sert de l’argent économisé dans les systèmes de sécurité des mines de charbon pour financer leurs campagnes vertes de communication. « Ne changez pas de nom, mais de comportement », lit-on sur les pancartes des activistes.

L’agacement des employés bloqués contraste avec le calme relatif des agents de sécurité de la tour. Le chef de la sécurité, talkie-walkie à la main, tente de négocier avec le porte-parole de l’association. Les anges sont décidés à rester et exigent d’être reçus par le PDG de l’entreprise. Les esprits s’échauffent. Les salariés d’Engie tentent par tous les moyens de pénétrer dans le gratte-ciel. « On a froid ! Laissez-nous entrer », s’exaspèrent les employés frigorifiés. Ils prennent même à parti les journalistes présents. « Vous n’avez que ça à faire ? Vous, les journaleux, montez tout en épingle. Il n’y a rien à voir ! »

Des manifestants miment des morts lors de la manifestatation des Climate Guardian Angels devant les batiments de la société Engie le 10-12-2015 à Paris, La Defense
Des manifestants miment des morts lors de la manifestation des « Climate Guardian Angels » devant les bâtiments de la société Engie, le 10 décembre 2015 à La Défense (Paris).

« On reviendra… »

 Une demi-heure plus tard, les choses se gâtent pour les manifestants. Les CRS se déploient au pied de la tour et n’hésitent pas à bousculer les anges. Une activiste se retrouve d’ailleurs plaquée au sol manu militari. En réaction, les anges se jettent sur toutes les issues et provoquent une mini-bousculade. Leurs efforts restent  vains, ils ne peuvent maintenir les accès fermés. Les employés peuvent de nouveau rentrer et sortir du bâtiment. « Quel soulagement ! », crie l’un des employés d’Engie.

L’image est magnifique ! Les anges s’assoient aux pieds des CRS et se mettent à scander leurs revendications, reprises par une partie du public. « Shame on you! Shame on you! » (« La honte ! La honte ! »), hurlent la dizaine de personnes soutenant la manifestation. Une fois leur discours terminé, les anges se lèvent et décident de lever le camp. « Nous reviendrons », lancent les manifestants, déçus de n’avoir pas été reçus par la direction de l’entreprise.
Les manifestants s’éloignent en file indienne, sous les yeux impassibles des forces de sécurité.

Rédacteur : Xavier-Éric Lunion – Photographe : Aude Petin