Nez rouges contre greenwashing

Jeudi 10 décembre, une trentaine de militants se sont rassemblés dans le très chic 8e arrondissement de Paris, afin de dénoncer les multinationales adeptes du greenwashing.

Le 10/12/2015,un collectif d'activiste organise une visite guidée et critique pour visiter les sites de plusieurs sponsors de la COP au départ du métro Alma Marceau (ligne 9) à Paris.
Le 10 décembre 2015, à Paris. Un collectif d’activistes organise une visite guidée et critique de sites de plusieurs sponsors de la COP21.

« Nous ne sommes pas un collectif. Nous n’avons ni chef, ni étiquette et nous ne donnons aucun nom » déclare un jeune homme au pied du métro Alma-Marceau. Les militants approuvent vigoureusement. Certains sont déguisés en clown, ils sont venus « se marrer, plutôt que pleurer devant l’hypocrisie de la COP21 et des entreprises prétendument écolos ». Le jeune homme reprend : « Nous nous sommes rencontrés lors de diverses manifestations autour de la COP21 et nous avons décidé d’agir ensemble. » Filles et garçons, la trentaine pour la plupart, arborent chapeaux, tenues colorées, dreadlocks et nez rouges. Ces personnages détonnent dans ce quartier rupin de la capitale.

Le petit groupe quitte la station devant laquelle il s’était donné rendez-vous et s’ébranle en direction de l’avenue Georges V. Devant les portes de la chambre d’agriculture, deux manifestants jouent une conférence de presse.  « Nous sommes un groupe privé d’utilité publique. De fausses informations circulent à notre encontre. Les gens ne comprennent pas les valeurs que nous défendons ! » Une fausse porte-parole de l’entreprise Monsanto énumère des poncifs avec aplomb. Des propos outranciers pourtant tirés de discours officiels. La saynète est drôle, bien menée et le message clair. Hilares, les autres manifestants lui jettent des grains de maïs.

La fausse porte-parole, Lizzie, 30 ans, est actrice. Parisienne, elle n’était pas très au fait des problèmes d’environnement. « J’ai eu un véritable choc au visionnage du documentaire de Coline Serreau, Solutions locales pour un désordre global. Depuis je m’intéresse aux activités de Monsanto. L’entreprise a annoncé un projet de « bilan carbone neutre » pour 2020. Pour cela, ils ont développé des plantes génétiquement modifiées, qui absorbent 2 à 3 fois plus de carbone, et qui leur permettraient de continuer une agriculture intensive. »

La troupe se dirige ensuite vers un Carrefour City, rue de la Boétie, où se joue un autre sketch. « Chez Carrefour, le capital humain est au centre de nos préoccupations, car des collaborateurs satisfaits sont des collaborateurs productifs. » Là encore, la satire fait mouche. Les participants s’esclaffent exagérément, soulignant le grotesque du discours.

Soudain, huit cars de CRS apparaissent. Une quarantaine d’agents encerclent les manifestants. « Ce n’est pas une manifestation, c’est du théâtre », scandent les participants. Les garçons sont séparés des filles, les identités relevées et six personnes embarquées. Des CRS lèvent les yeux au ciel et soupirent. Des filles les taquinent et leur proposent des gâteaux. « Non merci, je n’aime pas les cookies », répond un agent.

Après plus d’une heure passée dans le froid, les CRS escortent les manifestants jusqu’au métro Franklin-Roosevelt. Une assemblée générale s’improvise sur le quai de la station suivante. Un vote est organisé : « Faut-il continuer l’action ou rentrer chez soi ? » Le verdict tombe. Le froid semble avoir eu raison de la noble cause.

Rédacteur : Anne Desquins – Photographe : Frédéric Pétry