La vie à bord d’un navire d’exploration polaire

Jusqu’au 18 décembre 2015, Tara, le célèbre navire d’exploration, fait escale à Paris. À quai devant le Grand Palais, il doit sensibiliser le public au réchauffement climatique et être l’ambassadeur de la recherche océanographique. L’équipage accueille à cette occasion les visiteurs. Pour comprendre quelle est la vie à bord d’un navire de recherche polaire.

Le bateau scientifique Tara amarré sur les quais de la seine lors de la cop21
Le bateau scientifique Tara amarré sur les quais de la Seine lors de la COP21.

Franchir l’échelle de coupée pour monter à bord et parcourir le pont, dominé par les 27 mètres de mâture constitue d’ores et déjà une aventure. Une manière de comprendre comment s’organise la vie entre chercheurs et marins. Daniel Cron, capitaine en second explique : « Une campagne peut durer onze mois. Il faut que chacun y mette du sien et compose avec ses voisins dans cet espace confiné. » Une règle absolue : les marins sont maîtres à bord. Les neuf scientifiques et journalistes doivent s’adapter aux contraintes du service.  « Les marins ont d’ailleurs un franc-parler qui évite les malentendus« , ajoute notre guide. En contrepartie, 15 % de la surface totale est allouée à la recherche sur les 170 mètres carrés habitables. Le reste se répartit en espaces de vie, de navigation, en ateliers de réparations et de stockage du matériel.

Un univers difficile à apprivoiser

Ce monde est parfois étrange aux chercheurs et journalistes qui embarquent le temps d’une campagne de recherche océanographique. « Croire que l’on fait de l’analyse sur un navire océanographique est une vue de l’esprit. Ici on fait de l’imagerie, de l’échantillonnage. La recherche approfondie se fait à terre », précise le secrétaire général de Tara, Romain Troublé. C’est la raison pour laquelle les chercheurs ne restent à bord que trois à quatre semaines, parfois dans des conditions climatiques aventureuses.

Le bateau scientifique Tara amarré sur les quais de la seine lors de la cop21
Romain Troublé, secrétaire général de Tara.

En Méditerranée ou dans l’Atlantique Nord, par vents de 40 nœuds, lors d’une tempête, tout devient difficile pour le non-initié. Pas évident de s’endormir, ballotté dans une couchette trop étroite soumise aux mouvements des lames. Ou bien de dîner lorsque les couverts et plats se promènent de part et d’autre de la table en suivant les oscillations du navire. Maude, la cuisinière, explique : « Le capitaine nous prévient des mauvaises conditions de navigation à l’avance. Cela nous permet d’anticiper et d’adapter les plats. Les plats en sauce sont par exemple exclus. Pour faciliter les préparations, on privilégie alors les surgelés. »

Une vie sans superflu

Ici, il faut vite acquérir le pied marin. « Si tu as le mal de mer plus de quatre ou cinq jours, alors tu seras malade durant tout le voyage. » Maude accompagne son propos d’un geste vers les toilettes ouvertes devant elle. Pour des questions d’économie et d’espace à bord, il n’y a que deux cabines de douches pour les quatorze personnes. L’eau douce est fabriquée grâce à un désalinisateur qui traite 300 litres par heure. Une douche en moyenne consomme 80 litres. Pas le temps de s’éterniser sous l’eau. Et encore, ce n’est possible que lorsque les canalisations ne gèlent pas pour cause de dérive sur la banquise.

En dépit de toutes les contraintes, Tara attire nombre de volontaires. Plus de cinquante chercheurs se sont succédé à bord depuis 2004. Et ce n’est pas fini. Tara appareille en juin 2016 pour une étude des récifs coralliens.

Rédacteur : Fabrice Jonckheere – Photographe : Gaël Cloarec