Jungleye. Les réfugiés de Calais photographes

En novembre 2015, la photojournaliste Séverine Sajous et des réfugiés de la « jungle » de Calais ont lancé Jungleye, un projet artistique qui permet aux réfugiés de s’évader de leur quotidien tout en livrant leur propre vision de la vie à l’intérieur du camp.

Ahmad, Irakien, montre ses photos, mercredi 9 décembre 2015 à la "Jungle" de Calais.
Mercredi 9 décembre 2015 à la « Jungle » de Calais. Ahmad, Irakien, montre ses photos, prises avec l’appareil donné par la photographe Séverine Sajous.

Dans la « jungle » de Calais, Ahmad et Ammar cherchent partout la photojournaliste Séverine Sajous. La batterie de leur appareil photo est sur le point de lâcher.

Séverine Sajous travaille depuis dix semaines dans le camp, au plus près des réfugiés. Elle est arrivée avec un beau projet sous le bras : Jungleye propose aux habitants de la Jungle de photographier leur quotidien. Fujifilm lui a donné douze appareils photo : « C’est super, je n’ai aucun compte à rendre, on me fait confiance. »

Les réfugiés documentent eux-mêmes la vie dans le camp. « C’est une autre manière de faire du photojournalisme. Qui pouvait mieux raconter la Jungle que les réfugiés ? Et puis ça leur permet de sortir un peu de leur quotidien », explique Séverine.

Des cartes postales en forme de pied de nez à certains Calaisiens

Tous les jours, Séverine donne des cours aux réfugiés. Parfois elle les emmène à l’extérieur du camp, en centre-ville ou à la plage. Ensuite, ils participent ensemble à une séance d' »editing », choisissent leurs images et les postent sur la page Facebook Jungleye dont ils sont tous administrateurs.

« Ils sont très engagés, ils produisent beaucoup », poursuit Séverine. « Par exemple, lors de la marche du 5 décembre organisée par les réfugiés en mémoire de Youssef, je n’étais pas là. Ils se sont précipités sur les appareils et ils ont fait de très belles images. »

L’imprimeur calaisien DOCPRO va éditer des cartes postales, car « il faut que ces images voyagent à travers le monde », dit-elle. Ces cartes représentent un pied de nez à certains habitants de Calais,  « une réponse aux commerçants et à tous les articles de presse qui se plaignent de voir le tourisme disparaître de Calais à cause des réfugiés ». L’objectif de Séverine Sajous et de tous les participants à Jungleye est de créer de la cohésion et du lien social entre les réfugiés et les Calaisiens.

 

*Samedi 12 décembre  : ce matin Séverine Sajous, entourée des photographes réfugiés, m’a appelée. La teneur de l’article porterait préjudice à leur démarche. Sans comprendre pourquoi, je constate qu’à Calais, a lieu aussi une lutte symbolique des mots et des images.

Rédacteur : Raphaële Kipen – Photographes : Vincent Rispe, Séverine Sajous/Jungleye