Dîner sous les ponts

Dans le nord de Paris, sous le périphérique, une bande d’enthousiastes a déposé ses valises et lancé un nouveau concept de restauration basé sur le partage et l’économie circulaire.

L'entrée de la cantine du Freegan Pony sous le péripherique Parisien, porte de la villette le 11 décembre 2015.
L’entrée de la cantine du Freegan Pony sous le péripherique parisien, porte de la Villette, le 11 décembre 2015.

 

Le Freeman Pony est une association à but non-lucratif. Son président Aladdin Charni a décidé de transformer un squat situé porte de la Villette, en cantine alternative pratiquant le « freeganisme »  : une cuisine végétalienne préparée à partir d’invendus et aliments destinés à la poubelle.

« Nous vivons dans un monde où l’on produit beaucoup trop de déchets », explique Aladdin. Avec son équipe, ils luttent contre le gaspillage et pratiquent l’économie circulaire. « Rien ne se perd, tout se transforme ». Un type se présente à la porte. « Aurais-tu des tomates disponibles ? », demande Clément, membre de l’association Vertige, un traiteur « freegan » d’Aubervilliers. Plusieurs organisations du même type se sont installées dans le nord de la capitale et s’entraident les unes les autres.

Les bénévoles (Clément et Victorine) sont à l'oeuvre pour faire tourner le Freegan Pony
Clément et Victorine, deux bénévoles du Freegan Pony, le 11 décembre 2015.

S’intégrer au quartier

« Lancer un restaurant représente plus de travail que j’imaginais ! », confie Aladdin. Les bénévoles se démènent, jour après jour pour faire tourner la machine. « Le restaurant est fully booked [complet)] des jours à l’avance », confie-t-il. « Ici la logistique, c’est un cauchemar, lance Victorine, membre active de l’association. Il faut gérer la disponibilité et les compétences de chacun. » Le Freegan Pony a vocation à s’intégrer au quartier. Des chômeurs, des étudiants, des jeunes et des vieux des alentours viennent prêter main forte à la petite entreprise.

Pour l’instant, l’association ne dispose d’aucun fonds. On se débrouille comme on peut. Aladdin cherche des partenariats avec d’autres commerçants et vient de monter un dossier pour obtenir des subventions. La réponse se fait attendre. La vente des repas ne permet pas de dégager des bénéfices. « Ce n’est pas le but, de toute façon, déclare Aladdin. Les tarifs des plats sont volontairement bas. L’idée est d’offrir à tous de la nourriture saine et naturelle. L’essentiel est de couvrir le prix de revient. L’argent obtenu est ensuite réinvesti dans l’association. »

Les bénévoles s'activent pour que tout soit prêt à temps.
Le 11 décembre 2015, au Freegan Pony. Les bénévoles s’activent pour que tout soit prêt à temps.

« Notre porte est ouverte à tous »

Cet endroit est bien plus qu’un restaurant. Les bénévoles essaient de nouvelles façons de vivre en communauté. « Venez comme vous êtes » : Aladdin, en souriant, reprend le slogan de McDonald’s. « Notre porte est ouverte à tous », ajoute-t-il. Après les attentats du 13 novembre, le Freegan Pony a accueilli des migrants, leur offrant le gîte et le couvert. Ils sont en pourparlers avec des associations comme « Le bus des femmes » pour soutenir les prostituées du quartier. Aladdin veut faire de son restaurant un lieu de liberté où tous les milieux se mélangent.

« Malheureusement, à cause des médias, je n’attire que des bobos », raconte Aladdin, d’un ton agacé. En moins de deux heures, deux équipes de journalistes se sont présentées au squat, victime de son succès et de l’effet de mode.

Ce petit monde ne manque pas de nouvelles idées. Ils mettent au point un doggy-bag en papier kraft. Dans un futur proche, Aladdin rêve de créer une communauté, non loin de Paris et d’y élever des insectes comestibles pour limiter la consommation de viande.

Rédacteur : Xavier-Éric Lunion – Photographe : Mathias Benguigui