Calais. Mais où sont les Français ?

Ils sont médecins, professeurs, avocats, originaires de Syrie, de Tunisie, d’Irak, de Mauritanie, du Soudan, et vivent dans la « jungle » de Calais. Plus de 4.500 réfugiés selon le ministère de l‘Intérieur. À leurs côtés, des bénévoles du monde entier les aident à s’organiser.

Des bénévoles construisent des abris pour les réfugiés dans la Jungle de Calais. Mercredi 9 décembre 2015.
Mercredi 9 décembre 2015, dans la « jungle » de Calais. Des bénévoles construisent des abris pour les réfugiés.

La cinquantaine, une barbe blanche, Dave Simcox est originaire de Birmingham, en Angleterre. La photo du petit Aylan, mort sur une plage turque, l’a bouleversé. « Mon fils a 17 ans. J’ai une photo de lui, petit, jouant sur la plage. Le contraste avec ce petit Syrien est saisissant. Alors j’ai décidé de venir à Calais et d’aider tous ces gens qui n’ont pas la chance que j’ai », confie-t-il, des sanglots dans la voix.

« Je suis très en colère que de telles choses puissent exister en Europe, et que mon gouvernement ne fasse rien, mis à part donner de l’argent pour la sécurité du site », poursuit-il. Dave est plombier, il aide à la construction d’une cuisine, Kitchen in Calais, « pour que les réfugiés puissent manger chaud et se faire de bons petits plats ».

Tim Archer aussi est anglais. Il est arrivé au camp, avec sa femme, en octobre. Dans la remorque de leur camion, un générateur fournit de l’électricité : « Ça permet aux réfugiés d’avoir de la lumière et de recharger leur téléphone. »

Les Français ne s’engagent pas individuellement

Les militants qui aident les migrants de Calais sont anglais, belges, polonais, américains. Une Australienne, Catlin (le prénom a été modifié), est venue aider les réfugiés à construire des habitats en bois : « L’hiver va être dur, alors il faut construire pour qu’ils ne dorment pas dans des tentes. »

Isabelle Enscred est en colère. « Éco-résistante », c’est la seule Française bénévole croisée dans la « jungle » ce mercredi. Quand on lui demande où sont les Français, elle s’agace : « Ils ne sont pas là, vous voyez bien qu’il n’y a que des bénévoles étrangers. L’Auberge des migrants ? Ils construisent des maisons qui ne tiennent pas debout. »

Plusieurs associations françaises sont pourtant présentes aux abords du camp. L’Auberge des migrants distribue des vêtements, l’association Salam du pain et des bananes, le Secours catholique des boissons chaudes. L’association La Vie active gère la structure d’accueil Jules-Ferry : elle distribue des repas, met en place des hébergements pour les femmes et les enfants, organise des douches, etc.

Mercredi 9 décembre 2015. Le camion générateur de Tim Archer, bénévole anglais qui fournit de l'électricité dans le camp.
Mercredi 9 décembre 2015, dans la « jungle » de Calais. Le camion générateur de Tim Archer fournit de l’électricité pour le camp.

Les associations françaises sont présentes

Le directeur de la structure d’accueil Jules-Ferry, Stéphane Duval, tient à préciser : « Il y a un investissement assez fort de la part de bénévoles œuvrant dans les associations françaises. Il est clair qu’il y a beaucoup d’Anglais et de Belges, mais ils ne sont pas les seuls sur le terrain. » Le centre construit actuellement un village de containers pour accueillir 1.500 réfugiés. L’État a débloqué un budget de 18 millions d’euros pour ce chantier.

Dans la « jungle », on slalome entre chaussures, canettes et sacs plastique. Des hélicoptères de police survolent la zone. Des CRS se chargent du maintien de l’ordre. Un réfugié, qui boite, s’appuie brièvement contre l’un de leurs camions stationnés sur le chemin des dunes. Un CRS entrouvre la porte, et d’un geste nerveux de la main, lui signale de partir. Le migrant continue sa route.

Un Syrien rencontré dans le camp lance : « Les Français, ils ne veulent pas de nous ici, et on ne les voit pas nous aider. » Les seuls Français qu’il a croisés sont les CRS. Il montre ses mains, ses cicatrices : « Voilà ce qu’ils font les Français. »

Rédacteur : Leslie Carretero – Photographe : Vincent Rispe