Bataclan. « Il faut vivre, encore plus qu’avant »

Quatre semaines après les attentats du 13 novembre en plein cœur de Paris, des citoyens français et étrangers continuent de rendre hommage aux victimes.

Bai Zhang, une chinoise expatrié à Londres se receuille près d'un mémorial en hommage aux victimes de l'attentat survenu au Bataclan, à Paris. Le 10 décembre 2015.
Bai Zhang, une chinoise expatriée à Londres se recueille près d’un mémorial en hommage aux victimes de l’attentat survenu au Bataclan, à Paris. Le 10 décembre 2015.

« Excusez-moi, vous savez où se trouve le Bataclan ? », demande un touriste, plan de Paris dans les mains. « C’est le bâtiment rouge là-bas ? »

Linda vit dans le quartier. « Beaucoup de gens viennent tous les jours pour déposer quelque chose ou se recueillir », explique-t-elle. « Je prends en photo tous ces messages pour les conserver. Cette belle solidarité et ces nombreux mots d’espoir laissés par les personnes endeuillées me touchent profondément », ajoute avec douceur la jeune photographe à l’accent germanique.

Rue Oberkampf, face au square du Bataclan, une femme d’une cinquantaine d’années cherche le restaurant Le Cambodge. « C’est le café qui a été attaqué. Vous savez où c’est ? », questionne-t-elle d’un air perdu. « Je viens de la place de la République et je me suis dit que j’allais y passer. J’ai vu ce matin qu’ils allaient commencer à enlever des choses. »

Depuis le 10 décembre, les services publics collectent les dessins, poèmes, photos, messages délavés pour les restaurer et les faire numériser par les Archives de Paris. L’ensemble constituera un fonds de documentaires sur le mouvement de solidarité provoqué par les attentats.

« Cette ville me fait penser à un mausolée »

« Le Petit Cambodge ? C’est là où je me suis mariée, c’est mon quartier. C’est fou ! » Jeune mère de famille franco-américaine, Geneviève ne réalise toujours pas. Son beau-frère était dans l’immeuble où se trouvaient les terroristes de Saint-Denis. » Il a connu la guerre et les terroristes en Algérie. Il est dévasté par ce qu’il a vécu. Il s’est caché en-dessous de son lit pendant l’intervention du Raid. Pendant ce temps, mon mari et moi, nous étions au téléphone avec lui. Difficile de réaliser ce qui se passe tant que l’on n’est pas touché personnellement ».

4 semaines après les attentats du 13 Novembre, les passants continuent de se receuillir au mémorial en hommage aux victimes de l'attentat survenu au Bataclan à Paris. Le 10 décembre 2015.
Quatre semaines après les attentats du 13 novembre, les passants continuent de se recueillir au mémorial. Paris, le 10 décembre 2015.

« C’est indicible. Il n’y a pas de mots », explique Annie, les yeux embués. « Mon fils de 16 ans m’a même demandé si plus tard, on serait obligé d’avoir une arme ! ». Originaire de la Drôme, cette mère de famille est venue faire une formation à Paris. Elle a tenu à déposer une rose blanche et une bougie le long des grilles du square du Bataclan, pour rendre hommage. « Cette ville me fait penser à un mausolée. Dans notre petite démocratie, on n’est pas préparés à ça », dit-elle, la voix chargée d’émotion. « C’est un mélange de colère et de fierté. Voir la place de la République à la télévision, noire de monde et couverte par les télés du monde entier, ça fait quelque chose. »

« Ça permet de ne pas oublier et de se rendre compte »

« J’aurais trouvé ça triste s’il n’y avait plus rien eu. Là, ça permet de ne pas oublier et de se rendre compte », confie Julian, étudiant en lettres à la Sorbonne. « Tout cet état d’urgence, ça fait flipper », confie-t-il, le regard tourné vers les dizaines de messages et les fleurs posées sur les grilles qui entourent le Bataclan. « Les militaires sont de plus en plus présents. Avant je n’y pensais pas. Maintenant j’ai peur de mourir. C’est un sentiment que je n’avais encore jamais connu. »

« Je suis passée devant le Bataclan en voiture, quelques jours après les attentats. J’ai été choquée en voyant les vendeurs de bougies postés devant les mémoriaux », raconte Emma, jeune étudiante en communication. « Le plus important maintenant, c’est de vivre. Il faut vivre, encore plus qu’avant. Il faut sortir et faire la fête. »

Rédacteur : Daphnée de Morant – Photographe : Matthieu Chatonnier