L’état d’urgence embarrasse les salles de spectacles

Un mois après les attentats de Paris, les membres du syndicat national des producteurs, diffuseurs, festivals et salles de spectacle (Prodiss) ont pris des mesures pour renforcer la sécurité des salles. L’État a, lui, débloqué un fonds d’aide de 4 millions d’euros.

Un agent de sécurité surveille l'entrée du Grand Rex, le plus grand cinéma de Paris, le 8 décembre 2015
Un agent de sécurité surveille l’entrée du Grand Rex, le plus grand cinéma de Paris, le 8 décembre 2015.

« Aucun contrôle à l’entrée. Pas même un agent de sécurité. J’ai pris place dans une salle bondée et je n’ai pu m’empêcher de penser au pire ». Édith, mère de famille, s’indigne d’un tel relâchement de la sécurité dans un cinéma parisien aussi réputé que le MK2 Quai-de-Seine.

Pourtant, différentes pistes ont été envisagées pour renforcer la sécurité des salles de spectacles lors de la réunion du syndicat Prodiss au ministère de la Culture : portiques de détection de métaux, agents de sécurité, barrières de contrôle renforcées et présence policière en uniforme et en civil.

Près d’un mois après les attentats, dans le 9e arrondissement de Paris, où se situent beaucoup de petites et grandes salles de spectacles, que reste-t-il de ces mesures ?

Les grandes salles s’organisent

Boulevard des Capucines. Au Gaumont Opéra, un vigile fait l’inspection des sacs. Béatrice, au guichet, raconte les conséquences de la paranoïa ambiante : « Une dame qui a eu la maladresse de laisser son sac à quelques mètres d’elle a été sermonnée par un client très remonté. »

L’Olympia, salle mythique de 2.000 places, est en état d’alerte. Devant l’entrée, six agents de sécurité, tous équipés de détecteurs de métaux. Cyril, chef de la sécurité : « Nous aurions aimé obtenir une dérogation, comme aux États-Unis, pour porter des armes durant l’état d’urgence. » À l’intérieur, le public subit deux fouilles au corps et un contrôle des sacs avant de pouvoir accéder à la salle : « La plupart du temps, les gens se montrent coopératifs, sauf quelques irréductibles Gaulois qui ne peuvent pas s’empêcher de râler. », poursuit Cyril. En face de lui, une foule considérable attend son tour. « Malgré toutes ces mesures rassurantes, le danger n’est pas écarté. Elles sont avant tout dissuasives, pas persuasives », témoigne Viviane, une sexagénaire.

Dans son communiqué de presse, la ministre de la culture, Fleur Pellerin, souhaite que le monde culturel et les donateurs privés contribuent au fonds de soutien dédié au spectacle vivant (déjà doté de 4 millions d’euros), pour mieux répondre à l’urgence sécuritaire qui s’impose à tous les lieux culturels.

Les petites salles improvisent

« J’attends toujours une part des fonds débloqués pour la mise en place des nouvelles mesures », déclare Thierry Manciet, gérant du théâtre Trévise. Pour l’instant, rien pour les petites salles. À l’entendre, on croirait que la sécurité des Parisiens est bradée. « Je suis incapable de recruter un agent de sécurité sans l’aide de l’État. » À l’entrée principale de son théâtre, aucun agent de sécurité. C’est au niveau du guichet qu’il s’improvise lui-même vigile. « Mais je sais que je reste impuissant face à une kalachnikov. »

Le public sort du théâtre du Palace situé dans le 9e arrondissement de Paris le 8 décembre 2015.
8 décembre 2015 : le public devant le théâtre du Palace, situé dans le 9e arrondissement de Paris.

Au théâtre Les Feux de la rampe, on pratique le système D. L’ouvreur fait office de contrôleur. Débordé, il laisse passer les visages rassurants. La directrice, Karine Marchi, gênée, affirme : « Il y a des militaires postés à côté de la synagogue, à deux rues d’ici. Ça rassure. Nous profitons aussi du service d’ordre des Folies Bergère voisines. » L’aide du ministère serait ici la bienvenue.

Aline Renet, porte-parole du Prodiss, confirme la mise à disposition du fonds auprès des organismes comme le Centre national de la chanson des variétés et du jazz (CNV) et de la Sacem. Elle reconnaît que la lourdeur administrative ralentit le processus d’aide aux petites salles.

Pour la plupart des spectateurs, la meilleure forme de sérénité reste peut-être la fatalité. Mais  un sentiment général domine : chacun est, désormais, une sentinelle de la république.

Rédacteur : Ralph Sittie - Photographe : Matthieu Chatonnier