Les bons génies de la Bastille

En trois semaines, plus de 2.000 donateurs et près de 145.000 euros ont été recueillis pour venir en aide à Tania, 11 ans, et Kévin-Lucas, 18 mois, dont les parents, Lacramioara Pop et Ciprian Calciu, ont perdu la vie au restaurant La Belle Équipe lors des attentats du 13 novembre. Derrière le succès de cette campagne, il y a l’engagement des commerçants d’un quartier.

Le 08/12/2015, Dorothy POLLEY, présidente de l'association"carré bastille" dans sa galerie d'art du 11ème arrondissement de Paris. L'association des artistes, artisans et commerçant du quartier "Carré Bastille" s'est mobilisée afin de venir en aide à Tania (11 ans) et Kevin (18 mois) orphelins suite à la mort de leurs parents durant les attentants de Paris du 13 novembre 2015 dans le 11ème arrondissement de la capitale.
Dorothy Polley, la présidente de l’association Carré Bastille, a sollicité les commerçants de son quartier du 11e arrondissement de Paris pour venir en aide aux deux orphelins.

Dans le quartier de la Bastille, des commerçants se mobilisent pour l’avenir de deux enfants. Tania et Kévin-Lucas, demi-frère et sœur âgés de 11 ans et 18 mois, sont orphelins après l’attentat du 13 novembre à la terrasse de La Belle Équipe. Leur mère, Lacramioara Pop, travaillait dans cette brasserie de la rue de Charonne, après avoir été serveuse au Café des Anges, un restaurant proche de la place de la Bastille.

Virgile Grünberg, son ancien collègue et ami, a immédiatement créé une collecte pour assurer l’avenir des deux enfants. Il est épaulé par le Carré Bastille, une association de commerçants du quartier.

« Ça nous importait de faire quelque chose pour le quartier »

« Dès le dimanche [15 novembre], je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose », raconte Dorothy Polley, la présidente du Carré Bastille. « Je connais bien le Café des Anges. J’y vais deux ou trois fois par jour depuis des années. » Dans la galerie d’art qu’elle dirige depuis dix ans, elle organise la mobilisation des commerçants du quartier. « On ne peut pas rester passif. Tout le monde a été très solidaire, on a tout de suite planifié une soirée avec les commerçants présents. »

Vendredi 20 novembre, le rassemblement des acteurs de la vie du quartier de la Bastille se fait au Tank, une plateforme de coworking. « On attendait une vingtaine de personnes, soixante-dix sont venues. Tout le monde a rapporté quelque chose à boire, à manger », explique Joséphine, manager du Tank. « Ça nous importait de faire quelque chose pour le quartier, souligne Damien Cahen, le directeur du lieu ouvert en janvier dernier, on voulait mettre cet espace à disposition pour tenter de se libérer un peu l’esprit. On souhaitait aussi en profiter pour récolter des fonds pour les orphelins de Lacramioara. À titre individuel, chacun d’entre nous a fait une donation. »

L'association des artistes, artisans et commerçant du quartier "Carré Bastille" s'est mobilisée afin de venir en aide à Tania (11 ans) et Kevin (18 mois) orphelins suite à la mort de leurs parents durant les attentants de Paris du 13 novembre 2015 dans le 11ème arrondissement de la capitale.
Le Tank, une plateforme de coworking dans le 11e arrondissement parisien où se sont réunis, le vendredi 20 novembre, les acteurs de la vie du quartier de la Bastille pour venir en aide à Tania et Kévin-Lucas.

« Nous ne nous posons pas vraiment la question du succès de cette initiative »

« On essaie de se réunir deux à trois fois par an entre commerçants, on se connaît », raconte Fernando Da Graça, co-président de l’association et directeur d’un restaurant. « Dans l’état dans lequel nous sommes actuellement, nous ne nous posons pas vraiment la question du succès de cette initiative. Je sais juste qu’il fallait le faire. »

« Une petite partie des fonds sert à la vie quotidienne des enfants, le reste sera géré par les juges et les avocats », explique Élodie Humbert, responsable de la communication. « Ce qui nous étonne c’est la dimension internationale de cette initiative. Nous recevons des dons du monde entier. Cette collecte a été relayée par la presse étrangère. Comme le couple est d’origine roumaine, il y a beaucoup de dons en provenance de Roumanie. »

Milan Siriey, opticien, a adhéré au Carré Bastille dès son arrivée dans le quartier, il y a quatre ans. « Je connaissais bien les employés du Café des Anges et de La Belle Équipe, sans que l’on soit des amis intimes. L’idée était de trouver au minimum une solution pour ne pas séparer les enfants, leur garantir une sécurité, et surtout une vie. » Il n’a pas hésité à soutenir cette initiative. « Ça correspond à la personnalité des gens qui vivent là. Je ne sais pas s’il faut être surpris de la mobilisation. C’est beau, n’est-ce pas normal, en fait ? »

Rédacteur : Romain Huck – Photographe : Frédéric Petry