Margaux Boffi, interprète d’un jour à la COP21

Responsable de la campagne Crece (Cultivons, en français) d’Oxfam pour l’Amérique latine et la Caraïbe, Margaux Boffi, 26 ans, a vécu sa première expérience d’interprète de conférence, à la COP21. Elle se confie.

Margaux Boffi interprète de la conférence des femmes à la COP21
Margaux Boffi interprète de la conférence sur les femmes rurales d’Amérique latine à la COP21, le 8 décembre 2015.

Tu as traduit la conférence sur les femmes rurales d’Amérique latine face au changement climatique. Comment es-tu arrivée là ?

J’ai fait du droit et un master en action humanitaire, mais je ne suis pas interprète de formation. Je m’occupe de la partie logistique et de la sécurité de la campagne Crece d’Oxfam pour le Mexique. J’accompagne une délégation de femmes venues des quatre coins d’Amérique latine pour faire entendre leur voix à la COP21. Ici, l’espagnol n’est pas une langue majeure, on m’a donc demandé d’assurer la traduction. C’était ma première expérience de traduction en direct.

Était-ce un exercice facile?

Loin de là. Lorsque les intervenantes parlaient doucement et faisaient des phrases courtes, je retenais tout de mémoire. J’alternais avec une prise de notes lorsqu’elles accéléraient la cadence. Je me serais sûrement sentie plus à l’aise si j’avais pu préparer en amont. Mais nous sommes arrivées hier et la réunion de préparation de la conférence s’est tenue vers 19 h. Elles devaient se mettre d’accord sur leur allocution, nous n’avions pas notre mot à dire. C’était donc à l’aveugle, mais je les suis depuis quelque temps maintenant.

Comment gère-t-on les différents tons, accents, rythmes, des personnes que l’on doit traduire ?

C’est ce qui m’a posé le plus de problèmes. Quand je ne comprenais pas, je passais ou je demandais de répéter. Je ne cherchais pas la retranscription parfaite, il m’arrivait de condenser une idée en quelques mots. Ces femmes n’ont pas l’habitude d’être écoutées. C’est pour elles une grande opportunité de parler, qui plus est en Europe, elles en profitent, ça vient du cœur, parfois ça s’emballe.

Comment sens-tu l’accord international sur le climat ?

On espère être entendues. Nous avons exprimé nos questions sur le genre. Finalement, un accord ne fait que fixer un cadre. Ce n’est que le début. Rien n’oblige ensuite les États à appliquer ces accords. Si des lois sont adoptées, il faut ensuite attendre le budget. Là commence le vrai travail.

Rédacteurs : Mathieu Rault, envoyé spécial au Bourget – Photographe : Mathieu Thomasset