COP21. « Les femmes ont un véritable projet écologique »

Fatima Benomar est une « éco-féministe » de l’association les efFRONTé-e-s. Au sein d’un collectif d’ONG, les féministes tentent d’influencer les négociations pendant la COP21 pour que l’on prenne en compte la voix des femmes sur les questions environnementales.

Le 8 décembre 2015 au 104 (rue Curial 75019 Paris), Fatima Benomar, féministe écolo
Le 8 décembre 2015, au Centquatre-Paris : Fatima Benomar, féministe écolo de l’association les efFRONTé-e-s

Qu’est-ce que l’éco-féminisme, en quelques mots ?
L’éco-féminisme analyse et combat à la fois les rapports de domination de l’homme sur les femmes et de l’homme sur la nature. De tout temps, les hommes ont utilisé les femmes comme des ressources dans un schéma pyramidal dans lequel ils sont au sommet.

Quand on parle de domination de l’homme sur la nature, n’est-ce pas de l’Homme avec un grand H ?
Non, il s’agit véritablement de l’homme « masculin ». Nous vivons dans des sociétés patriarcales depuis des siècles. Les hommes sont à la tête des chaînes de production alimentaire, des multinationales, des gouvernements… Ils ont instauré cette idéologie de domination, à la fois sur la nature et les femmes.

Pourquoi avez-vous combiné l’écologie et le féminisme ?
Dans la plupart des catastrophes écologiques, les femmes sont les premières victimes. En 2004, le tsunami en Asie a fait deux fois plus de victimes féminines que masculines. En ce moment, on parle beaucoup des réfugiés climatiques. Lors de ces déplacements de population, les femmes sont plus exposées à la violence, à la précarité, voire à l’exploitation, que les hommes.

Comment l’expliquez-vous ?
Par manque d’information ! Dans certains pays, elles n’ont accès ni aux médias, ni à l’éducation. Cela les rend vulnérables à tous les types de crise, qu’elles soient politiques, économiques ou écologiques.

Les négociateurs de la COP21 ont-ils pris en compte la question des femmes ?
C’est tout notre combat ! Les négociations vont être difficiles. De nombreux pays présents à la COP21 sont des pays très conservateurs. Nous exigeons que la question des femmes soit abordée et inscrite noir sur blanc dans l’article 2, relatif aux objectifs de l’accord à l’issue de la COP21.

Pour vous, les femmes détiennent-elles les solutions aux problèmes climatiques ?
On a cantonné les femmes aux basses besognes. Elles sont sur le terrain, dans les champs. Elles sont les premières à constater l’érosion des sols, la dégradation de la biodiversité. Elles sont devenues expertes dans le domaine, proposent des alternatives et sont à la tête de nombreuses initiatives à travers le monde. Dans les années 1960, les Japonaises ont lancé les AMAP (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), système de distribution de produits agricoles en circuit court. En Grèce, les femmes ont mis en place des cuisines collectives pour venir en aide aux plus démunis. À travers le monde, les femmes ont un véritable projet écologique qu’il faudra prendre en compte.

Pour finir, faut-il parler d’écologie féministe ou de féminisme écologique ?
Je préfère dire « éco-féminisme », c’est plus poétique et ça finit en « isme ».

Rédacteur : Xavier-Éric Lunion – Photographe : Magali Cohen