Régionales. Paris : le 11e résiste au FN

Dans le 11e, rien ne change, on vote à gauche. L’arrondissement parisien le plus touché par le terrorisme est épargné par la vague « bleu Marine » du premier tour des régionales. Trois semaines après les attaques terroristes, les riverains ont voté comme d’habitude. À l’entrée des bureaux de vote, seul l’agent de sécurité rappelle l’état d’urgence.

Paris, le 6 décembre 2015, dans un bureau de vote du 11e. Dans l’arrondissement le plus touché par les attentats du 13 novembre, les habitudes des électeurs ne changent pas.

Amin fouille les sacs à l’entrée de l’école primaire de la rue Saint-Bernard, le bureau de vote n° 6 est à quelques mètres du café La Belle Équipe, où 19 personnes ont été tuées le 13 novembre. Amin est étranger, il ne peut pas voter. Il est musulman aussi. « Je préfère pas le dire. Les autres font de la merde, et c’est nous qui payons. Les versets qu’ils citent existent pas, le djihad est à l’intérieur de nous. » Il habite le 11mais ne fréquente plus la mosquée du quartier, à deux pas de La Belle Équipe. « Ils nous surveillent tous à cause de l’état d’urgence, j’ai pas envie d’être fiché », dit-il les yeux baissés.

À l’intérieur, le président du bureau, Luc Lebon, adjoint au maire du 11e arrondissement, est fier de la participation de son bureau. « À 11h15, le taux de participation était deux fois supérieur à celui de la participation parisienne » (17,7 % contre 9 %). À la fin de la journée, la participation atteint les 52 %, un taux légèrement supérieur à la moyenne parisienne (50,5 %).

« On se dit pas que ces gens-là existent à Paris »

Ahmed et sa sœur Ouimaima habitent rue Charrière, juste derrière La Belle Équipe. « J’avais l’impression que c’était important de voter », dit Ahmed. Il a 19 ans et vote pour la première fois. Sa sœur vote par principe. « Je sais qu’en matière de sécurité, la région ne peut rien faire. J’ai voté utile, je sais que d’autres vont voter FN. Ma mère est voilée, un homme l’a insultée après les attentats. On se dit pas que ces gens-là existent à Paris. »

Élise, 57 ans, habite le quartier depuis trente ans. « Je vote depuis toujoursaffirme-t-elle. Je trouve inadmissible qu’on ne vote pas, des gens sont morts pour ça. » La montée du FN, elle l’observe dans sa société d’assurances. « Les assurés me disent qu’il est temps qu’elle passe, Marine. Ici, ça ne change pas, on vote à gauche. »

Le PS en tête des suffrages

Comme elle, peu de riverains ont changé leurs habitudes le 6 décembre. Le Front national réalise son plus mauvais score dans le 11e arrondissement. Avec 7,49 %, il se place derrière le Front de gauche (9,10 %). Le parti d’extrême droite avait fait 6,1 % aux régionales de 2010. L’arrondissement confirme son ancrage à gauche, Claude Bartolone (Parti socialiste) arrive en tête des suffrages avec 40,05 % des voix. Valérie Pécresse (Les Républicains) le suit de loin (21,27 %).

À la sortie du bureau de vote de la rue Titon, Alexandre, 21 ans, fume une cigarette. Il a perdu deux amis à La Bonne Bière. Il ne votera pas FN. « Je préfère m’engager dans l’armée », dit-il. Rue Keller, Adèle vote pour la première fois de sa vie. Elle a tout juste 18 ans. Sa mère immortalise le moment avec son smartphone. « Les attentats me poussent encore plus à voter et à aller vers un idéal de tolérance, dit-elle avec conviction. Je pense comme ça parce que je suis du 11e arrondissement. On représente la France dans toute sa beauté. » Une beauté préservée malgré les empreintes du 13 novembre devant la terrasse de La Belle Équipe.

Rédacteur : Sevin Sahin – Photographe : Aude Petin