Les végétariens en France : silence ça pousse !

La COP21 bis a eu lieu ce week-end à Montreuil, au sein du Village mondial des alternatives, mis en place par le collectif Alternatiba. Installé à deux pas du marché paysan, côtoyant la viande de bison, les pâtés de campagne et le fumet des hamburgers bios, le stand de l’Association végétarienne de France semble bien seul. Rencontre avec deux bénévoles, Maïté et Manjit.

Le mouvement végétarien peine à s’installer en France. Pourquoi ?
Il y a environ 3 ou 4 % de végétariens, ce qui est très peu comparé à des pays comme l’Angleterre, l’Allemagne ou l’Italie qui en comptent environ 10 %. Cela s’explique par notre culture, dans laquelle la gastronomie est très présente ; par notre histoire également, car la France est un pays d’élevage et d’agriculture. Il n’y a qu’à voir François Hollande promouvoir la charcuterie et le foie gras quand il part à l’étranger.

Y a-t-il d’autres raisons selon vous ?
Il y a bien sûr les lobbies de l’agroalimentaire qui sont très puissants. Pour cette COP21 bis, nous avions prévu un affichage dans le métro. Nous voulions communiquer sur l’impact désastreux de l’élevage sur le climat. La RATP a refusé. Elle savait qu’elle allait subir des pressions de la part des lobbies agroalimentaires qui font partie de ses annonceurs et a préféré s’autocensurer.

Le végétarisme a-t-il des chances de progresser en France ?
Bien sûr ! Depuis deux ans le mouvement progresse. Le scandale des lasagnes à la viande de cheval a été un électrochoc pour beaucoup. Il y a clairement un avant-après l’affaire Findus.

Montreuil, le 6 décembre 2015. Une des affiches de l'Association des végétariens de France lors du Village mondial des alternatives.
Montreuil, le 6 décembre 2015. Une des affiches de l’Association végétarienne de France lors du Village mondial des alternatives.

Le mépris du consommateur pousse-t-il les gens à devenir végétariens ?
Trois grandes raisons poussent à devenir végétarien : les scandales alimentaires, la solidarité avec la cause animale et, plus récemment, la protection de l’environnement. L’élevage industriel a des conséquences néfastes pour la planète : le réchauffement climatique, la dégradation des terres, la pollution de l’atmosphère et des eaux, la perte de biodiversité… Désormais, les consommateurs sont mieux informés, plus conscients. Internet joue un rôle très important dans la propagation de nos idées, les internautes se renseignent énormément. Ils sont nombreux à aller sur des sites étrangers, car ils disent ne plus avoir confiance en la télé et la radio.

Que pensez-vous de la proposition d’instaurer un menu végétarien dans les cantines scolaires ?
C’est une très bonne idée pour éduquer… les parents ! Ils pensent encore qu’un enfant a besoin de manger de la viande tous les jours pour grandir. Le maire du 2arrondissement de Paris, Jacques Boutault (Europe écologie-Les Verts), a mis en place un repas végétarien par semaine. Cela fonctionne très bien, les enfants n’y sont pas réticents.

Êtes-vous optimistes pour l’avenir ?
Nous sommes confiants, mais lucides : atteindre les 10 % nous paraît compliqué à court terme. Mais dans toutes les grandes villes de France, des magasins ou des restaurants végétariens ouvrent. Désormais, quand on demande un plat sans viande, les restaurateurs ne sont plus étonnés ou suspicieux. Les végétariens ne sont plus considérés comme des « peine-à-jouir », et c’est une grande victoire !

Pour plus d’informations, consulter le site de l’Association végétarienne de France.

Rédacteur : Anne Desquins – Photographe : Vincent Rispe