Le projet fou du maraîchage urbain

Une dizaine d’agriculteurs urbains passionnés se sont installés à l’est de Paris à l’Institut national d’agronomie tropicale, près de Nogent-sur-Marne. Malgré l’énergie et la motivation, leur pari de nourrir les Parisiens est loin d’être gagné.

Après dix minutes de marche à travers le bois de Vincennes, une prairie apparaît. Une maison meunière, deux serres et un potager se détachent du paysage. L’association V’Île Fertile y a élu domicile depuis un an, avec pour mission de nourrir les Parisiens de produits frais et totalement bio.

Bois de Vincennes, jardin d’agronomie tropicale, 5 décembre 2015. Raphaël Luce.

« Bienvenue, chers amis », lance Raphaël Luce, la trentaine, blouson noir HellFest et lobes d’oreille percés à l’extrême. Il ressemble plus à un fan de metal qu’à l’image que l’on peut se faire d’un agriculteur. Raphaël préside l’association créée en 2014. Elle est composée d’une quinzaine de fous et passionnés.

Haro sur les produits chimiques

« Voici notre petit bijou ! C’est le nerf de la guerre. Sans lui, on ne fait rien », s’extasie Jean-Baptiste, ami et collègue de Raphaël, le doigt pointant un tas de fumier. L’exploitation n’utilisent ni produit chimique, ni engrais. Ces agriculteurs d’un nouveau genre se servent uniquement d’un compost « fait-maison ». Ils l’obtiennent après décomposition des invendus d’un grand marché parisien et des déchets que les voisins et adhérents apportent. C’est le concept de l’association : faire pousser des fruits et légumes à partir des déchets organiques.
Dans la serre jouxtant la maison, une forêt de plants de tomates pousse à l’abri des panneaux en plexiglas. Les pieds de tomates sont remplis de fruits à différents stades de maturation. Il y en a partout !
Il est 14 heures, l’heure de déjeuner pour les travailleurs agricoles. Les cinq jardiniers « du week-end » s’attablent. Les assiettes sont garnies de choux et de poireaux du jardin, cueillis la veille. La salle à manger de cette bâtisse du XIXe siècle est meublée de trouvailles chinées, dégageant la quiétude. Au-dessus du buffet trône le portrait de Saint-Fiacre, le patron des jardiniers.

Bois de Vincennes, jardin d'agronomie tropicale, 5 décembre 2015, plan de tomate de la serre de l'association
Bois de Vincennes, jardin d’agronomie tropicale, 5 décembre 2015. Plants de tomates de la serre de l’association V’Île Fertile.

« Nous ne pouvons pas créer d’emploi pour l’instant »

 « Nous vendons – bien plus que des légumes – un mode de vie, une philosophie », s’exclame l’un des convives. Tous les adhérents de l’association prônent un retour nécessaire à la terre, du fait de nos vies urbaines, et une autre façon de consommer plus respectueuse des équilibres naturels.

« Malgré une bonne gestion financière, nous ne sommes pas en mesure de créer des emplois pour l’instant. Nous sommes tous bénévoles. L’exploitation demande un travail à temps plein, mais comment pourrais-je demander à des gens, mêmes passionnés, d’y consacrer gratuitement tout leur temps ? » s’exaspère Raphaël. Aucun modèle économique viable n’a été trouvé pour l’instant, malgré la vente directe. Une tonne de fruits et légumes a été produite cette année. « Nous survivons seulement grâce aux subventions de la Région, de notre atelier-compost et de la fondation Carasso-Danone. Pas facile de nous développer dans ses conditions, n’est-ce pas ? Et puis, l’hiver arrive », surenchérit Raphaël.

En dépit de ces difficultés, tous les bénévoles restent motivés pour continuer l’aventure et faire de V’Île Fertile une petite entreprise prospère.

Rédacteur : Xavier-Éric Lunion – Photographe : Aude Petin