Quand une page se tourne

Nous sommes au début des années 2000, à Croissy- sur- Seine, charmante commune des Yvelines de 10 000 habitants, sur les berges de la boucle du fleuve, berceau des impressionnistes. Les commerces historiques jonchant le boulevard Fernand Hostachy disparaissent un à un, laissant banques et agences immobilières pulluler. Si ce n’est grâce à la communauté portugaise, qui anime le centre avec des lieux de restauration conviviaux et fédérateurs, Croissy ternit.

Pire! Cette ville qu’aimait tant Eugène Labiche ne voit en son sein aucun commerce promouvant la culture!

Ceci change le 7 octobre 2006.

Une reconversion réussie

Ce jour là, Yann Riou, alors employé en marketing dans l’informatique et sa cousine, Coralie Tano, libraire à la Fnac, ouvrent leur librairie, Une autre page. Leur emplacement est idéal, à la croisée du boulevard et de la rue menant à l’église. Croissy reprend des couleurs.

9 ans plus tard, entretien avec Yann, toujours gérant, patron et libraire convaincu.

Il l’avoue dès le début, Yann n’avait aucun passé de lecteur et une maigre culture littéraire. Mais il voulait être à son compte. Il reprend un local professionnel, bien situé, décrypte la situation et colmate le vide en apportant des livres entre ses murs. A nouveau métier, débuts laborieux. Les jeunes libraires se lancent également dans la presse, meilleur moyen de faire venir le maximum de clientèle. L’enseigne prend de l’ampleur et dès 2009, les journaux, magazines et leur lot de pénibilité disparaissent, remplacés par un charmant coin Jeunesse. Un sous-sol s’aménage, refuge des BD, comics et autres illustrés. Le libraire lit, sourit, sa cousine doit le quitter mais son épouse le rejoint, des employées lui sont fidèles. Yann a tourné sa page et en ouvre une vierge sur Croissy, pari réussi!

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Nous rêvions de temps libres et de librairies en bonne santé

Nous sommes en 2015. Une autre page se porte bien. Fidèle à son statut de librairie généraliste et familiale, son seuil voit passer la clientèle de Bougival, de la Celle-Saint-Cloud, du Vésinet, en sus d’une armada de Croissillons. Tant de gens satisfaits par une recette simple: des sourires, de la patience, de l’écoute et des conseils. A chaque rentrée littéraire, il effectue la remise de 5%. Les gens repartent avec un ou des livres et c’est bien ça le principal!

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Sans surprise, la littérature générale (très générale), y représente le gros des ventes, environ 60% sur le livre. Jeunesse et BD suivent coude à coude, flirtant entre 15 et 20% chacun, le reste allant au livre pratique. Peu, voire pas, de « beaux-livres », difficiles à vendre et un casse-tête à placer en magasin! Malgré tous ses efforts, difficile pour Yann de tout exposer comme il le voudrait. Il est vrai que sa boutique est doucement exigüe et déjà encombrée; elle en est d’autant plus chaleureuse. Une autre page s’étend sur 80 m2 et génère actuellement 45 000 euros de chiffre d’affaire mensuel.

Le libraire, maintenant lecteur confirmé, aiment les polars et l’univers bien particulier de chez Gallmeister, dont il cite notamment le roman Cinq ciels, de Ron Carlson. Mais son dernier coup de coeur est au Cherche midi, pour Amelia, de Kimberly Mc Creight. Une maison avec laquelle il a tissé des liens particuliers. Alors qu’entre 2013 et 2014, notre librairie explose les ventes de Demain est un autre jour, de Lori Nelson Spielman, Yann est contacté par Tiphaine Favereau, chargée de la relation libraire au Cherche midi et alertée par le phénomène (3 fois plus de ventes que chez Le furet du nord, s’amuse-t’ il à  souligner). S’en suivra une séance de dédicace et surtout une nouvelle ouverture sur l’univers du livre. Avec les moyens dont il dispose, Yann se crée des réseaux et ça paie. Le 21 novembre, Amanda Sthers viendra pour Les Promesses, Grasset. D’ excellents rapports aussi avec Nathalie Couderc, chez Lattès, qui édite Valérie Tong Cuong, meilleure vente de l’année passée durant, avec Pardonnable, impardonnable.

Jusqu’ici tout va bien. Yann est satisfait, je l’interroge sur un dernier sujet, le numérique. Je tombe sur un sceptique, les informations doivent encore se transmettre.

Peu importe, chez Une autre page, ça sent le papier et c’est ça qu’est bon!

Des remerciements, évidemment.

Lien direct: Une autre page

 

 

 

 

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